Calais: Pourquoi le nombre de migrants a bondi cet été

RÉFUGIÉS L'afflux de migrants dans le camp de Calais pose de nombreux problèmes sur place...

Olivier Aballain

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Le camp de migrants de Calais, en août 2016
Le camp de migrants de Calais, en août 2016 — P. Huguen / AFP

Les chiffres divergent mais la tendance est là : En deux mois d’été, le campement de Calais est passé de 4.500 à 7.000 migrants (selon la préfecture) ou de 6.000 à 9.000 (selon les associations). L’augmentation avoisine les 50 %, sur une surface équivalant au tiers de celle occupée avant l’évacuation de la zone sud, en février.

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« L’État espérait disperser la présence de migrants en la répartissant sur des centres d’accueil partout en France, c’est un échec », soupire un responsable associatif sur place. Mais d’où vient cet afflux ?

  • Migration plus importante pendant le printemps et l’été

L’afflux estival est malheureusement un classique à Calais : l’an dernier, de juin à fin septembre, le camp de Calais était passé de 3.000 migrants à plus de 6.000. Ce sont les arrivées de migrants par la Méditerrannée qui expliquent cette tendance « saisonnière ».

« A partir du printemps, les traversées en mer redeviennent possibles, explique François Guennoc, vice-président de l’association L’Auberge des Migrants, très active à Calais. Cette année on voit arriver essentiellement des Érythréens et des Soudanais ». Les associations estiment à 50 personnes par jour le nombre d’arrivées à Calais cet été. Combien réussissent à gagner l’Angleterre ? Dans le camp, on estime le chiffre des passages quotidiens « entre zéro et 30 ».

  • Un report de la région parisienne

La dernière évacuation du camp de Stalingrad, qui a regroupé jusqu’à 2.000 migrants à Paris, a changé la donne dans toute la région parisienne.

Dorénavant, selon François Guennoc, « à Paris, les autorités évacuent les nouvelles implantations en quelques heures ». Et ce serait la même chose en banlieue : les évacuations sans solution de relogement se succèdent, conduisant les personnes migrantes vers Calais. Quelques arrivées en provenance du camp de Grande-Synthe, dont les accès sont contrôlés, sont également recensées.

  • Ici, l’État est présent

Même s’il est critiqué, un dispositif d'accueil est organisé par l’État à Calais, qui y fournit 40 % de l’aide alimentaire, une centaine de containers d’hébergement, et un dispositif d’accompagnement qu’on ne trouve pas toujours ailleurs.

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« Ici au moins, les demandeurs d’asile sont orientés vers des structures d’accueil (CAO), quand elles-mêmes ne sont pas saturées », constate François Guennoc.

Problème : cela revient effectivement à reconcentrer les migrants sur un méga-camp, exactement l’inverse de ce que l’État voulait initialement réaliser. «Mais au moins on assiste à une professionnalisation, à une rationalisation de l'accueil des migrants, et ça c'est une avancée», avance Me Norbert Clément, avocat et spécialiste du droit des étrangers au barreau de Lille.

  • Les associations structurent l’accueil, mais jusqu’à quand ?

Du fait de l’ancienneté de la présence de migrants à Calais (le premier centre d’hébergement, à Sangatte, avait été ouvert en 1999), l’assistance prodiguée par les associations y est bien structurée. Des milliers de sachets-repas et de repas y sont distribués tous les jours, mais l’afflux de cet été complique tout. « Nous sommes passés de 1.000 à 2.500 repas distribués chaque jour », témoigne François Guennoc, tandis que le nombre de sachets-repas délivrés a suivi la même tendance, de 6.000 à 15.000 par semaine.

A la mi-août, une dizaine d’associations constatait dans un communiqué commun que les files d’attente pour la distribution de vivres atteignaient 3 à 4 heures au centre d’accueil Jules-Ferry. Jusqu’à trois cents personnes patientent également dans la queue pour la nourriture fournie par « Kitchen in Calais ». Or ces files d’attente sont souvent un objet de tensions entre migrants. En outre, les associations commencent à manquer de dons, ce qui pourrait mener à une situation plus critique encore si l’afflux se poursuit.