Lille: Première annulation de la Braderie de Lille depuis l'Occupation

SOCIETE La Braderie de Lille, suspendue en 2016, est une vieille tradition commerciale qui date du Moyen-Âge...

G.D. avec AFP

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Lille, le 31 aout 2013. Journee d'ouverture sous le soleil de l'edition 2013 de la grande braderie.
Lille, le 31 aout 2013. Journee d'ouverture sous le soleil de l'edition 2013 de la grande braderie. — M.Libert/20 Minutes

Un coup dur pour toute une région. L’annulation, ce vendredi, de l’édition 2016 de la Braderie de Lille, prévue début septembre, est une première depuis l'Occupation, alors que cette fête commerciale populaire a traversé les siècles.

Ce « carnaval du commerce », devenu le plus grand vide-grenier d’Europe, puise son origine au Moyen-Âge, puis ressuscite dans le sillage de mai 1968 pour devenir, depuis vingt ans, un événement international.

Au XIIe siècle, déjà

L’origine de la braderie remonte àau XIIe siècle avec la « franche foire » durant laquelle « les commerçants venus de l’extérieur ont l’autorisation exceptionnelle de vendre à Lille, dont les habitants ont le reste du temps le monopole du commerce », explique Elodie De Vreyer, dans son livre, La braderie, une histoire lilloise. Les échanges sont « francs », c’est-à-dire sans taxe.

Mais le nom de braderie apparaît plus tardivement, lorsqu’au XVe siècle des marchands commencent à vendre des volailles, rôtir se disant « braaden » en flamand.

Cet événement s’est transformé au XVIe avec la possibilité offerte aux domestiques de vendre une fois l’an les objets usagés accumulés dans les greniers de leur maître.

Récupérer quelques « vieuseries » à bon compte

La braderie subsiste au XIXe siècle, où elle dure alors neuf jours, désormais avec son lot de forains. Mais dans cette ville ouvrière et en partie pauvre, comme le souligna Victor Hugo dans Les caves de Lille, la braderie permet surtout au petit peuple de récupérer quelques « vieuseries » à bon compte.

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Entre le premier conflit et les années 1960, la braderie décline, ne devenant plus qu’un grand marché, alors que Lille a connu à deux reprises l’occupation allemande et son lot de destructions. Entre 1939 et 1944, la ville de Lille, occupée pendant quatre ans, renonce à sa braderie, pour la dernière fois avant l’édition 2016.

Dans le sillage de mai 1968 et de la libéralisation des mœurs, elle retrouve de son allant, devenant un événement plus festif, comme l’explique Jacques Richir, adjoint à la mairie. « Ce sont les jeunes qui lui ont redonné du dynamisme, Lille devenant une grande ville étudiante », dit-il.

Déjà des menaces d’annulation en 1995

En 1995, la menace terroriste -à l’époque, le Groupe Islamique Armé- a bien failli, déjà, provoqué l’annulation de la manifestation, souligne La Voix du Nord. mais à partir de l’année suivante, elle prend une tournure nationale quand le maire socialiste de l’époque, Pierre Mauroy, décide de l’organiser non plus les dimanche et lundi, ce deuxième jour étant férie pour les habitants de la métropole, mais les samedi et dimanche, permettant aux « bradeux » de venir de loin.

Et depuis une vingtaine d’années, la braderie s’était fortement internationalisée avec des visiteurs danois, chinois, japonais ou italiens, sans parler des Belges et Anglais voisins.

Revers de la médaille : de nombreux Lillois estiment qu’en raison de cet afflux, la braderie y a laissé son âme et fuient leur ville et ses rues engorgées de « bradeux » chaque premier week-end de septembre. Un sentiment désormais partagé par la maire (PS) de Lille, Martine Aubry, qui souhaite modifier son organisation dès 2017.