Infanticide à Berck: La sorcellerie au cœur du procès de Fabienne Kabou

JUSTICE Le premier jour d’audience a dressé la personnalité de Fabienne Kabou, accusée de l’assassinat de sa fille, Adélaïde, en novembre 2013, sur la plage de Berck…

G.D. avec AFP

— 

Dessin réalisé le 20 juin aux Assises de aint-Omer, montrant l'accusée Fabienne Kabou.
Dessin réalisé le 20 juin aux Assises de aint-Omer, montrant l'accusée Fabienne Kabou. — AFP

Comment et pourquoi abandonner à la mort sa petite fille de 15 mois sur une plage de Berck-sur-Mer, par marée montante ? Il n’y a « pas d’autres explications que la sorcellerie », a répondu Fabienne Kabou, lundi, devant les assises du Pas-de-Calais.

Douceur et froideur

Les cheveux tirés en chignon, Fabienne Kabou, 39 ans, les bras croisés, accepte de répondre à chaque question, tantôt avec douceur, tantôt avec froideur.

La première journée de son procès pour assassinat à Saint-Omer a été consacrée à sa personnalité et son parcours. Après avoir évoqué son enfance à Dakar, au Sénégal et sa rencontre avec Michel Lafon, le père de la fillette, elle termine ainsi, sans changer de ton : « En 2011, je tombe enceinte d’Adélaïde, elle est née en août et je finis par la tuer, 15 mois après sa naissance ».

C’était le 19 novembre 2013. Le lendemain, le corps de la fillette est découvert par un pêcheur de crevettes.

Pas moins de 40.000 euros de consultation

« La sorcellerie ? C’est la constatation à laquelle j’arrive par défaut, car je n’ai aucune autre explication… » affirme l’accusée, expliquant avoir dépensé pas moins de 40.000 euros pour consulter « des marabouts et des guérisseurs » avant son geste.

>> A lire aussi : La personnalité de Fabienne Kabou au cœur du procès

« Dans cette histoire, rien n’est cohérent (…) Quel intérêt j’aurais à me tourmenter, à mentir, à tuer ma fille ? J’ai parlé de sorcellerie et je ne plaisante pas. Même quelqu’un de stupide n’aurait pas fait ce que j’ai fait », s’emporte-t-elle.

« Ne dites pas n’importe quoi ! »

Le ton monte parfois plus fort entre l’accusée et l’avocat général, Luc Frémiot. Lorsque celui-là lui reproche de ne cesser de mentir, celle-ci riposte : « Ne dites pas n’importe quoi ! »

« On est un pied dans la médecine occidentale et un pied dans les croyances africaines dont nous, les Occidentaux, ne connaissons pas les tenants et aboutissants. Maintenant, où est le fond culturel et où est la maladie mentale ? », questionne devant la presse son avocate, qui décrivait à l’époque « un personnage hors du commun » et une « femme remarquablement intelligente ».

Une stratégie de défense

Pour l’avocat de l’une des parties civiles, l’association L’Enfant Bleu, Jean-Christophe Boyer, la sorcellerie n’est qu’une stratégie de défense. « Vous êtes face à une femme qui est très intelligente et qui sait qu’il ne faut pas se dire fou, mais qu’il faut donner à manger aux experts pour paraître fou, la sorcellerie est toute trouvée, et puis c’est conforme à sa culture ».

« Les deux années qui ont précédé l’assassinat de ma fille ont été les pires de ma vie, les deux années de détention ont été plus calmes et plus apaisées », conclut l’accusée.

Les proches de Fabienne Kabou et du père de la fillette, Michel Lafon, ont tous affirmé, lundi, ignorer l’existence d’Adélaïde jusqu’au drame.