Pas-de-Calais: Les victimes de la mine (et du capitalisme) auront-elles leur mémorial?

SOCIAL Un collectif souhaite ériger à Liévin, dans le Pas-de-Calais, un monument à vocation nationale à la mémoire des victimes mortes à cause de leur travail…

Gilles Durand

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L'ancien mémorial rénové en avril 2016.
L'ancien mémorial rénové en avril 2016. — Patrick Mania

« Les drames qui sont survenus dans les mines n’avaient rien à voir avec la fatalité ». Jacques Kmieczak donne le ton du projet du collectif « Liévin 1974 ». Dans les jours qui viennent, le comité de parrainage de ce collectif doit lancer une souscription nationale pour ériger un monument à la mémoire des mineurs morts dans les catastrophes minières.

Monument alternatif

Or, un mémorial existe déjà, construit par la mairie en 1975. « Nous souhaitons mettre en lumière un autre aspect : la responsabilité du capitalisme que nous voulons dénoncer à travers notre projet », souligne Jacques Kmieciak, un des porte-paroles du collectif et auteur d’ouvrages sur le sujet.

Depuis plusieurs mois, avec une vingtaine de militants, il tente de faire renaître le souvenir du destin tragique de centaines de mineurs. Point de départ de cette mobilisation, la catastrophe de Liévin, la dernière dans le Nord. Le 27 décembre 1974, une explosion, due à un coup de grisou, tuait 42 personnes au fond de la mine dans la fosse 3-3 bis.

Comission populaire d'enquête maoïste

« Ce drame engage la responsabilité des Houillères coupables, pendant deux siècles d’exploitation charbonnière, d’avoir privilégié le rendement à la sécurité », s’insurge Jacques Kmieciak. De fait, les Houillères seront condamnées dans un procès en 1981.

« Notre objectif est d’ériger un monument à vocation nationale pour dénoncer plus globalement les accidents du travail et les maladies professionnelles comme l’amiante ou la silicose », précise-t-il. En 1975, une plaque commémorative et un mémorial alternatifs avaient été érigés à Liévin sur le site de la catastrophe par la Commission populaire d’enquête, une émanation d’un ancien parti maoïste. Les deux ont été restaurées quarante ans plus tard, fin avril.

Ce nouveau mémorial, s’il voit le jour, sera l’œuvre du sculpteur nordiste Raoul Csizmadia. « Il fera une hauteur de 2 m et représentera des flammes au milieu de symboles liés aux mineurs, explique Jacques Kmieciak. Reste à convaincre la municipalité de Liévin pour l’instant réticente au projet ».