Calais: Sur les enfants migrants, des chiffres édifiants

MIGRANTS L'Unicef, l'agence des Nations Unies pour l'enfance, a compilé les témoignages de 61 migrants mineurs isolés en Nord-Pas-de-Calais...

Olivier Aballain

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Des migrants mineurs au centre de Grande-Synthe, en mai 2016
Des migrants mineurs au centre de Grande-Synthe, en mai 2016 — O. Aballain / 20 Minutes

Soixante-et-un enfants dits « non-accompagnés » ont accepté de témoigner. L’Unicef, l’organisme des Nations Unies pour l’enfance, a publié un nouveau rapport alarmant sur la situation des mineurs isolés, c’est-à-dire sans aucun parent ni tuteur, dans les camps de migrants du nord-Pas-de-Calais.

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Intitulé « Ni sains, ni saufs », le rapport met en lumière les traumatismes et violences encore subis par des enfants de 11 à 17 ans, qui restent de plus en plus longtemps bloqués dans les camps nordistes (5 mois en moyenne aujourd’hui).

  • Le nombre de migrants mineurs non-accompagnés en Nord-Pas-de-Calais : 500

L’évaluation est rendue difficile du fait de l’absence de suivi des mineurs, par les autorités françaises, un manque que l’Unicef dénonce par ailleurs. Mais l’organisation estime qu’environ 500 enfants de 11 à 17 ans sont présents, sans aucun parent référent, dans les six camps du Nord-Pas-de-Calais (Calais, Norrent-Fontes, Grande-Synthe, Tatinghem, Angres, Steenvoorde) et à Cherbourg. Néanmoins sur son seul centre d’hébergement provisoire de Saint-Omer, l’association France Terre d'Asile en a accueilli plus de 1.400 en 2015. Les passages réussis vers l’Angleterre sont donc probablement encore nombreux.

  • Les sommes déboursées : 2.700 à 10.000 euros pour arriver en France

Qu’ils viennent du Vietnam, de l’Aghanistan, de l’Érythrée, de Syrie, d’Égypte voire d’Albanie, les mineurs isolés ont tous dû payer des sommes considérables pour atteindre le Nord. Certains travaillent tout au long de leur voyage, à l’instar de cette Éthiopienne de 17 ans rencontrée par l’Unicef à Calais, quatre ans après son départ d’Éthopie : Elle aura notamment travaillé deux ans en tant que bonne à tout faire en Lybie. D’autres vendent leurs biens précieux avant de partir, ou parviennent à convaincre leur famille. Mais il leur faut souvent rembourser ensuite, comme Akar, 16 ans, Kurde irakien qui devra 9.000 livres sterling (11.300 euros) à son frère, s’il parvient un jour à rejoindre le Royaume-Uni.

  • La prostitution forcée : Une vingtaine de femmes à Calais

« Les violences sexuelles sont une menace continue pour les jeunes femmes
et les jeunes garçons », explique clairement le rapport de l’Unicef. Outre les viols subis pendant leur trajet vers la France, les mineurs isolés doivent se défendre des adultes présents dans les camps d’arrivée. Certaines communautés afghanes considéreraient d’ailleurs comme « davantage acceptable » le viol de jeunes garçons au sein d’un même groupe ethnique. Et à Calais, l’Unicef rapporte que « toutes les jeunes mineures interviewées disent craindre de sortir le soir, lorsqu’il fait nuit, de peur de se faire violer ».

  • Arrivés seuls en Europe : 92 % des mineurs

D’après l’office international des migrations (IOM), les mineurs non-accompagnés représentaient 92 % des enfants qui ont traversé la Méditerranée de l’Afrique du Nord à l’Italie, pendant les 5 premiers mois de 2016.

Certains espèrent rejoindre des proches en Angleterre, car les mineurs arrivés au Royaume-Uni peuvent demander à être placés chez des personnes de leur famille. Mais d’autres, notamment en provenance d’Afghanistan, sont envoyés en Europe dans le cadre de ce qui l’Unicef appelle une « stratégie de migration ». L’un des fils de la famille, âgé de 12 à 30 ans, part ainsi tenter une installation en Angleterre afin de pouvoir, à terme, « les soutenir financièrement, tout en étant à l’abri des conflits ». Sur la route, il est parfois accompagné d’un chaperon, un « oncle »… ou livré à lui-même.

Le rapport est entièrement reproduit ici-bas :

Rapport de l’Unicef sur la situation des migrants mineurs isolés dans le Nord de la France publié par oaballain