VIDEO.Nord: Une enquête de l'Unicef dénonce la situation des enfants isolés dans les camps de réfugiés

SOCIAL L’Unicef publie une enquête accusatrice réalisée auprès d’enfants non accompagnés dans les bidonvilles du littoral…

Gilles Durand

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L'enquête de l'UNICEF France a été menée auprès de 61 jeunes.
L'enquête de l'UNICEF France a été menée auprès de 61 jeunes. — Laurence Geai/UNICEF France

Voilà une enquête dont les pouvoirs publics se seraient bien passés. Publiée ce jeudi et menée par l’Unicef France*, elle révèle les dangers auxquels sont exposés en permanence les enfants non accompagnés qui vivent dans les camps du Nord de la France. Cette enquête a été conduite entre janvier et avril 2016 dans sept bidonvilles : Calais, Grande-Synthe, Angres, Norrent Fontes, Steenvoorde, Tatinghem et Cherbourg. Le nombre total de mineurs non accompagnés y est d’environ 500.

Voici à quoi ressemble le quotidien d'un mineur non accompagné dans la «jungle» de Calais:

Recours à des passeurs. « La majorité des mineurs interrogés ont eu recours a des passeurs », précise l’Unicef dans son communiqué. On apprend que les sommes déboursées varient entre 2.700 et 10.000 euros et que le temps de présence de ces jeunes sur le littoral s’allonge : il atteint une durée moyenne de 5 mois. L’enquête montre que ces enfants sont en danger, dans tous les sites étudiés, en particulier dans les « petits » camps. Leur santé physique et psychologique est affectée. Ils sont souvent contraints d’effectuer des tâches pour les passeurs. « Je sais que si je paie ou je me prostitue, je passerai plus vite », raconte Martha, une Ethiopienne de 16 ans.

Environ 500 mineurs non accompagnés sont présents dans les sept camps où l'Unicef a enquêté.
Environ 500 mineurs non accompagnés sont présents dans les sept camps où l'Unicef a enquêté. - Laurence Geai/UNICEF France

Soumis à des violences permanentes. « Les premières craintes exprimées sont les violences exercées par les forces de police, les milices de civils et les passeurs, ainsi que les agressions sexuelles pour les filles et les garçons. Plusieurs éléments recueillis mettent en évidence des situations qui relèvent de la traite des êtres humains », révèle l’Unicef. Ces situations mettent en évidence une série de violations au regard de la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par la France. « Je serais bien resté en France, mais je me fais gazer et taper. Alors, je continue », souligne Salih, un Egyptien de 13 ans.

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Des dispositifs de protection de l’enfance inadaptés. Les mineurs rencontrés ne sont majoritairement pas au courant du système de protection. La prise en charge, quand elle est proposée, ne permet pas d’assurer une « accroche » durable du jeune potentiellement en danger. « La création de lieux de protection sans condition, permettant de donner une information dans leur langue et adaptée à leur âge est primordiale pour tous les enfants isolés qui vont continuer à arriver en France. Afin qu’ils ne vivent pas ce qu’ils ont vécu lors de l’hiver 2015 », estime Sébastien Lyon, directeur général de l’UNICEF France.

* Cette enquête inédite a été réalisée auprès de 61 mineurs de 11 à 17 ans de différentes nationalités par les sociologues de l’association Trajectoires, spécialisée dans les diagnostics sociaux des populations vivant en bidonvilles en France.