Nord: Une opération boursière relance la guerre du gaz de houille

ENVIRONNEMENT La société Française de l’Energie dévoile ses ambitions pour exploiter le gaz contenu dans le charbon. Mais est-ce rentable sans utiliser la fracturation hydraulique, méthode interdite en France ?….

Gilles Durand

— 

Loos-en-Gohelle, le 4 mai 2011. Vue du bassin minier depuis le terril dit du 11/19.
Loos-en-Gohelle, le 4 mai 2011. Vue du bassin minier depuis le terril dit du 11/19. — M.LIBERT / 20 MINUTES

Les ambitions autour du gaz de houille leur cassent les pieds. Les militants du collectif Houille-Ouille-Ouile 59/62 s’inquiètent depuis quelques jours d’une manœuvre boursière de Française de l’Energie (ex-EGL). Cette société ambitionne d’exploiter le gaz des anciens bassins miniers dans le Nord-Pas-de-Calais et en Lorraine. Elle a donné le coup d’envoi de son introduction en Bourse via une augmentation de capital, fin mai. Cette opération pourrait lui rapporter jusqu’à 66 millions d’euros. Mais pour quoi faire ?

Le contexte peu favorable. Les concessions d’exploitation des anciennes mines nordistes appartiennent à Gazonor. Française de l’Energie (FE) possède seulement deux permis de recherches en Lorraine. « A moins d’absorber Gazonor, cette société ressemble à une coquille vide, d’autant que les techniques alternatives de forage qu’elle a expérimentées ne semblent pas avoir fonctionné », assure Dominique Plancke, ancien élu EELV. Justement, l’ouverture de capital doit permettre à FE d’acquérir Gazonor et ses 4,5 millions d’euros générés annuellement par l’exploitation du gaz de mine.

>> A lire aussi : Le débat sur le gaz de houille sort de terre

La confusion entre gaz de mine et gaz de couche. Le terme gaz de houille inclut le gaz de mine et le gaz de couche. « Le gaz de mine, c’est le grisou qui se trouve encore dans les couches de charbon qui ont été exploitées. C’est normal qu’on l’exploite puisqu’il remonte tout seul », explique Pierre Rose, membre du collectif Houille-Ouille-Ouille. En revanche, le gaz de couche nécessite de fracturer le sous-sol pour être extrait. Pour l’instant, une seule technique existe :  la fracturation hydraulique qui est interdite en France depuis 2011, à cause des dégâts écologiques provoqués dans d’autres pays comme l’Australie, le Canada ou les Etats-Unis.

Le processus industriel de fracturation ? Dans un communiqué de presse, FE se montre évasif : « Nous utilisons une technologie prouvée de forage dirigé pour créer des drains latéraux multiples (…)  permettant de capter, à travers le réseau de fissures naturelles du charbon, le gaz présent, sans aucun recours à des techniques invasives ». «  Un leurre , ce n'est pas rentable », pour le collectif Houille-Ouille-Ouille qui y voit une manœuvre en attendant l’autorisation de la fracturation hydraulique. « L’extraction à grande échelle et à un prix compétitif d’un gaz local et accessible permettra de revitaliser les anciens bassins houillers », souligne FE qui va, dans un premier temps, se concentrer sur la région lorraine. Le lancement de la première plateforme de production est prévu dans les 18 prochains mois.