Calais: Pourquoi l'hôpital veut attirer les patients anglais ?

SANTÉ L'hôpital de Calais a passé un contrat avec la sécurité sociale anglaise, pour opérer jusqu'à 400 patients anglais par an...

Olivier Aballain

— 

Roubaix, le 25 novembre 2014. Chambre d'hôpital (illustration)
Roubaix, le 25 novembre 2014. Chambre d'hôpital (illustration) — M.Libert/20 Minutes

Calais va peut-être se refaire une santé outre-Manche. La ville, souvent pointée du doigt par les médias britanniques à cause de l’afflux de migrants et/ou de la pagaille créée par les soubresauts de MyFerryLink, a en tout cas trouvé un atout de taille : Son système de soins hospitaliers.

Un contrat de trois ans, passé entre l’hôpital public de Calais et la sécurité sociale britannique (la NHS), va permettre à des centaines de patients anglais de bénéficier de la qualité des soins français, avec un délai d’attente très, très inférieur à celui du système anglais. Le premier malade a été opéré avec succès le 14 avril.

Redorer l’image de Calais

« Ces derniers mois on avait enduré pas mal de french bashing (« taper sur les Français ») en Angleterre, alors ce type d’action va, j’espère, faire du bien pour l’image de Calais », explique Thadée Ségard, le directeur de French Deals, qui a conseillé l’hôpital dans sa démarche.

Le pari est déjà en bonne voie d’être tenu : L’aventure calaisienne de Timothy Brierley, qui a subi une ablation de la vésicule biliaire après 6 semaines d’attente, au lieu de 9 mois en Angleterre, n’est pas passée inaperçue dans les médias britanniques.

Dans le long article consacré au sujet dans le quotidien The Guardian, une représentante d’un syndicat hospitalier anglais, Unison, estime d’ailleurs que l’envoi de patients en France dresse un « état des lieux désolant » du système de santé dans le Kent.

A l’hôpital de Calais c’est la situation inverse. La représentante de la CFDT, Catherine Meyns, est « très satisfaite de voir l’hôpital avancer ». L’hôpital a développé les formations à l’anglais, déjà mises en place depuis quelques années pour traiter les bobos des routiers britanniques. « Le personnel est volontaire. Je dirais presque qu’on attendait ce premier patient avec impatience », sourit la syndicaliste, qui voit aussi la source de revenus que représente ces nouveaux patients pour l’hôpital.

Revenu espéré : Jusqu’à un million d’euros par an

Le directeur de l’établissement, dont le budget affiche un déficit prévisionnel de 2 millions d’euros pour 2016, ne s’en cache pas : « A terme, nous visons un surcroît de chiffre d’affaires d’un million d’euros par an, dont la majeure partie sera un bénéfice net pour nos comptes ». Le contrat signé avec la NHS a simplement nécessité l’impression de livrets d’accueil en Anglais, et la mise en place d’une procédure sécurisée d’échange d’informations avec la NHS.

Martin Trelcat pense pouvoir accueillir « sans aucun problème » jusqu’à 400 patients anglais par an en chirurgie et en orthopédie, comme si Calais était un hôpital britannique.

Et les Français ? « Nous assurons 6.000 interventions par an, et nous pourrions monter à 9.000 sur notre structure actuelle ». C’est pourquoi « l’afflux de patients anglais n’aura aucun effet sur le délai d’attente pour les Français », certifie encore le directeur.

Il vaut mieux : La reconstruction à neuf de l’hôpital, en 2012, a coûté 200 millions d’euros. Mais il a été dimensionné du temps où les patients opérés passaient bien plus de temps à l’hôpital. Aujourd’hui, 50 % d’entre eux retournent à leur domicile dans la journée. Les nuits de l’hôpital de Calais sont donc tout ouvertes à la langue de Shakespeare.