VIDEO. « Jungle » de Calais: Entre actions de désespoir et résignation

MIGRANTS Quatre jours après le début du démantèlement de la zone sud de la « jungle » de Calais, certains migrants en sont arrivés a des actions extrêmes pour faire entendre leur désespoir…

Mikael Libert

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Plusieurs migrants iraniens se sont cousus les lèvres en signe de protestation.
Plusieurs migrants iraniens se sont cousus les lèvres en signe de protestation. — M.Libert / 20 Minutes

Terrible détermination. Le démantèlement de la zone sud de la « jungle » de Calais a débuté, lundi, et devrait durer au moins un mois selon la préfecture. Face à l’inéluctable disparition de leurs cabanes, les migrants les plus déterminés à faire entendre leurs voix ont, paradoxalement, choisi le silence.

Ce jeudi, vers 13h, plusieurs membres des associations ont parcouru les rues du camp afin de rassembler les nombreux journalistes présents. Rendez-vous était donné quelques minutes plus tard devant une cabane au beau milieu de la zone sud, devant le centre de Médecins sans frontières. « Des migrants vont venir, ils vont se coudre les lèvres en signe de protestation », lance une bénévole anglaise.

Ils se cousent les lèvres devant les caméras

Très vite, sept hommes sont arrivés. Le visage en partie dissimulé, ils se sont alignés devant les caméras. L’un d’eux s’est assis sur une chaise et un autre a commencé à lui sceller les lèvres avec du fil noir et une aiguille a peine désinfectée. L’opération a duré près de cinq minutes dans un silence pesant, déchiré par les cris de l’homme.

Une des nombreuses bénévoles qui assistait à la scène a fondu en larmes. « Ça fait mal au cœur de voir ça », lâche Amandine, qui anime un atelier photo pour les habitants du camp. « On a bien tenté de les dissuader, explique un membre de Médecins sans frontières. Mais ils sont déterminés et ne voient pas d’autre solution pour attirer l’attention ».

Mercredi, déjà, cinq Iraniens s’étaient ainsi mutilés, suscitant une « une profonde émotion » de la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio. Celle-ci reste néanmoins sur ses positions, expliquant que « rien ne justifie de telles extrémités ».

Des cabanes déplacées ou brûlées

Mais ces quelques hommes sont les seuls « jusqu’au boutistes ». A l’arrivée des ouvriers et des policiers, les cabanes sont souvent déjà vides. Nombreux sont ceux qui chargent de gros sacs sur leur dos ou sur un vieux vélo et qui quittent les lieux. Certains partent même avec leurs cabanes qu’un utilitaire avec une remorque emmène vers la zone préservée.

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Et il y a aussi les incendies, qui se déclenchent au fur et à mesure que la police progresse. Certains avancent que le feu est allumé par des policiers en civil. Mais un Afghan, dont la cabane a été rasée mercredi, dédouane finalement les fonctionnaires. « Ce sont des Afghans qui mettent le feu », explique-t-il à demi-mot. Selon lui, Ils préfèrent détruire eux-mêmes leurs cabanes plutôt que de laisser faire les forces de l’ordre.