«Jungle» de Calais: Une expulsion qualifiée de «coup de poignard dans le dos»

MIGRANTS La préfecture a commencé à détruire les habitations, ce lundi, dans le camp de migrants de Calais, avec l'aide des forces de police...

Gilles Durand

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Intervention des CRS dans le campement de migrants à Calais, le 29 février 2016.
Intervention des CRS dans le campement de migrants à Calais, le 29 février 2016. — Jerome Delay/AP/SIPA

En avril 2015, le camp de migrants à Calais s'était installé sur ce site à l'initiative des autorités. Celles-ci ont définitivement changé d’avis, ce lundi, en utilisant trois compagnies de CRS (environ 50 hommes) pour détruire une partie des cabanons et expulser, parfois, leurs occupants. Dans une lettre ouverte au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, Médecins du monde accuse l'Etat d’avoir renié sa parole de ne pas « déloger les migrants de force ».

Gaz lacrymogènes et canons à eaux

L’évacuation s’est déroulée dans un climat très tendu, notamment dans l’après-midi. Aux cailloux jetés par environ 150 personnes, selon la préfecture, les CRS ont riposté par des gaz lacrymogènes et des canons à eaux, selon certains témoins. « L’électricité a été coupée dans certains lieux de vie comme l’école », assure aussi une bénévole.

En fin d’après-midi, des abris ont pris feu, provoquant l’explosion de bouteilles de gaz et quatre interpellations ont eu lieu : trois militants No Border et un migrant mineur pour jets de pierres et incendie volontaire, selon la préfecture.

« Un coup de poignard dans le dos »

Pour les associations d’aide aux migrants, cette opération est « un véritable coup de poignard dans le dos ». « La préfecture avait annoncé un délai de trois semaines et avait promis de mener cette opération de démantèlement en douceur », dénonce Virginie, de l’Ecole laïque du chemin des Dunes.

« Contrairement à ce qui avait été dit, la préfecture a fait détruire des cabanons en plein hiver, où vivaient encore des gens, déplore François Quennoc, secrétaire de l’Auberge des migrants. Cette action violente ne fait que déplacer le problème. Un groupe de Soudanais, par exemple, nous a dit qu’il allait partir se cacher ailleurs à Calais. »

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Des incidents autour des maraudes sociales

De son côté, la préfecture du Pas-de-Calais reste droite dans ses bottes. « Ce cordon de sécurité a été décidé à la suite des incidents de vendredi. Les maraudeurs sociaux, qui proposaient un hébergement hors de Calais aux migrants, ont été perturbés dans leur mission par des activistes extrémistes », souligne-t-elle. La mission de la maraude sociale doit se poursuivre dans les mêmes conditions les jours prochains.

Jeudi, le gouvernement avait obtenu gain de cause auprès du tribunal administratif de Lille pour une évacuation partielle du camp, contestée par migrants et associations.