Calais: Les politiques applaudissent l'évacuation de la jungle, pas les associations

POLITIQUE La préfète du Pas-de-Calais souhaite l'évacuation d'une première moitié de la jungle d'ici au 20 février...

Olivier Aballain

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Des personnes migrantes passant devant les abris en conteneurs installés à Calais
Des personnes migrantes passant devant les abris en conteneurs installés à Calais — Neil Hall/Shutterstock/SIPA

Les élus se réjouissent, les ONG et associations s’inquiètent. À défaut de faire l’unanimité, l’évacuation de la moitié sud de la « jungle » de Calais, annoncée vendredi par la préfète du Pas-de-Calais, est au moins cohérente avec l’action menée par l’État depuis la fin 2015.

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Les autorités préfectorales avaient annoncé dès début janvier leur objectif de ne plus laisser aucun migrant dormir dehors à Calais, à la faveur de l’installation d’abris en conteneurs.

« Le temps est venu de passer à une autre étape », a indiqué la préfète le 12 février. Fabienne Buccio a laissé une semaine aux occupants de la zone sud, dont elle évalue le nombre de 800 à 1.000 personnes, pour évacuer les lieux.

Élus PS et LR se disent satisfaits

Selon l’AFP, la maire de Calais, Natache Bouchart (LR), s’est dite « satisfaite » tout en espérant « que cette déclaration soit appliquée dans les meilleurs délais ».

Le député PS du secteur, Yann Capet, salue lui aussi une « bonne nouvelle pour le Calaisis ». Selon lui, la décision de la préfète « contribue à faire baisser le nombre de réfugiés présents sur le territoire, et à diminuer les tensions pour le port et les riverains ».

En pratique, avec le centre d’accueil Jules-Ferry et les nouveaux conteneurs, Calais compte à présent près de 2.000 places d’hébergement « en dur », pour un nombre total de migrants estimé à 4.500 par certaines associations.

« Où vont aller tous les migrants ? »

Fabienne Buccio indique que 850 personnes se sont, pour l’instant, installées dans les conteneurs (baptisés « Centre d’accueil provisoire » par les autorités), auxquelles s’ajoutent 500 femmes et enfants hébergés à Jules-Ferry. Les personnes évacuées devront soit rejoindre également les conteneurs (où il faut accepter une prise d’empreintes), soit partir vers d’autres centres d’hébergement.

Damien Carême, le maire (EELV) de Grande-Synthe (Nord), où un autre camp est en cours d’installation par l’ONG Médecins sans frontières (MSF), voit ce déménagement d’un mauvais œil, dénonçant dans L’Express une décision « inconséquente ».

 

Sur le terrain, les associations et ONG ne sont pas moins critiques. Ainsi sur France info, une juriste de MSF estime qu'« il y a un gros problème d’accompagnement » vers les autres centres d’accueil, « qui ont été complètement improvisés ». « Les exilés ne veulent pas s’y rendre », estime Agnès Lerolle.

De même pour Christian Salomé, président de l’Auberge des Migrants, l’évacuation constitue « un terrible retour en arrière ». Pour le responsable associatif, « les faire bouger en pleine période hivernale, c’est un mépris total pour les réfugiés de guerre ».

La semaine s’annonce donc délicate pour Fabienne Buccio, qui espère pourtant s’appuyer sur l’aide des associations pour organiser l’évacuation. « Si un mouvement se crée, on laissera plus de temps », précise la préfète.