Migrants: Comment Calais en est arrivé là ?

CRISE La ville de Calais n'en peut plus de faire les gros titres à cause de la situation migratoire...

Olivier Aballain

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23/01/2016. Calais, France. A group of migrants storm towards the port of Calais in Northern France during a demonstration through the town centre of Calais, on the same day that Leader of the Labour Party JEREMY CORBYN visited the migrant camp known as the 'Jungle' . Photo credit: Ben Cawthra *** Please Use Credit from Credit Field ***/sipausa.sipausa_16814978/*** UK Out ***/1601241700
23/01/2016. Calais, France. A group of migrants storm towards the port of Calais in Northern France during a demonstration through the town centre of Calais, on the same day that Leader of the Labour Party JEREMY CORBYN visited the migrant camp known as the 'Jungle' . Photo credit: Ben Cawthra *** Please Use Credit from Credit Field ***/sipausa.sipausa_16814978/*** UK Out ***/1601241700 — SIPA

Le slogan « Mon port est beau, ma ville est belle » a été applaudi sur leur passage. Deux mille Calaisiens, selon la préfecture, ont défilé dans le calme le 24 janvier pour défendre les acteurs économiques de la ville, mis à mal par la situation migratoire.

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La ville n’en peut plus de faire quotidiennement les gros titres, pour un état de fait qui lui échappe totalement. Voici comment Calais en est arrivé là.

  • Pourquoi autant de migrants à Calais ?

Selon les derniers décomptes, ils seraient 4.000 à 4.500 réfugiés à se masser à Calais, la plupart dans l’espoir de traverser la Manche vers l’Angleterre. Les migrants espèrent trouver sur place des conditions économiques plus favorables que dans leur pays d’origine, et moins précaires qu’en France.

Problème : en vertu des accords du Touquet, le contrôle britannique aux frontières se fait en territoire français, avant tout embarquement ou transfert vers l’Angleterre. Les migrants sont donc bloqués à Calais avant même d’effectuer leur demande d’asile au Royaume-Uni.

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Ce système de contrôle en France est notamment dénoncé par la maire de Calais, et par le président du conseil régional Xavier Bertrand.

  • Qu’en pensent les Calaisiens ?

Certains habitants de la région tentent d’apporter aux migrants une aide d’urgence pour améliorer leurs conditions de vie dans la jungle.

Mais une partie de la population calaisienne s’inquiète, voire s’exaspère des échauffourées régulières qui se produisent régulièrement à proximité du port et de la rocade, perturbant la vie économique, la circulation… Sans parler des riverains qui habitent non loin de la jungle, et subissent directement les effets de ces échauffourées.

  • Que font les autorités ?

L’État a terminé mi-janvier la mise en place de 125 conteneurs d’habitation appelés à abriter une partie des migrants installés à Calais. Environ 1.500 personnes devraient ainsi être hébergées « en dur » sur le site de la « jungle », auxquelles s’ajoutent 400 personnes déjà abritées au centre d’accueil Jules-Ferry.

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Les autorités espèrent ainsi répondre à la vive préoccupation des ONG concernant la situation sanitaire des migrants. Ceux qui ne pourront rester à Calais sont censés être réorientés vers d’autres sites (comme à Grande-Synthe, où la municipalité aménage aussi un camp).

L’ouverture des conteneurs s’est accompagnée du défrichement d’une zone « tampon » dans la jungle qui doit, à terme, mieux isoler le camp de la rocade portuaire, et des habitations à proximité.

  • Que font les Anglais ?

Les autorités anglaises ont débloqué plusieurs millions d’euros pour sécuriser le port de Calais. Mais de nombreuses associations sont scandalisées par les conditions sanitaires dans lesquelles l’intransigeance britannique place les migrants.

Le leader de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn, à l’issue d’une visite à Grande-Synthe (lien en anglais), a d’ailleurs estimé le 23 janvier que la Grande-Bretagne devait « faire davantage pour résoudre le problème ».

Cependant le débat est compliqué, outre-Manche, par le referendum sur la sortie de l’Union Européenne. Craignant d’alimenter le camp des eurosceptiques, le premier ministre David Cameron défend fermement le statu quo.