Calais: Un anglais jugé pour avoir tenté de faire passer une fillette en Grande-Bretagne

JUSTICE Un ressortissant britannique va comparaître devant le tribunal de Boulogne-sur-Mer pour avoir « facilité la circulation » d’une petite migrante de 4 ans…

Mikaël Libert
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Des migrants dans la Jungle de Calais.
Des migrants dans la Jungle de Calais. — Emilio Morenatti/AP/SIPA

Simplement humain. Jeudi, un citoyen anglais sera jugé devant le tribunal de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, pour avoir tenté de faire passer en Grande-Bretagne une fillette de quatre ans. Les associations d’aide aux migrants de Calais dénoncent un acharnement.

L’homme est loin d’être un dangereux criminel ou un membre des nombreux réseaux de passeurs qui sévissent dans la région de Calais. Non, Robert Lawrie est un simple citoyen anglais qui, comme beaucoup d’autres êtres humains, a été très touché par la photo du petit Aylan, ce migrant Kurde de trois ans retrouvé noyé sur une plage en Turquie.

Faire quelque chose

Après ça, Robert a voulu faire quelque chose, pour aider. Il est allé donner de son temps aux associations qui travaillent dans la jungle, le bidonville où vivent plusieurs milliers de migrants à Calais. C’est là qu’il a rencontré un Afghan qui « vivait » là avec sa fille de quatre ans en attendant de pouvoir passer en Angleterre.

Au fil des rencontres, Robert s’est pris d’amitié pour ce migrant. Et, quand celui-ci lui a demandé de sortir sa petite fille de cet enfer, Robert n’a pas pu refuser, même s’il était conscient de faire quelque chose d’illégal.

En octobre, Robert a emmené la fillette à bord de son van pour prendre le ferry et traverser la Manche. Une fois de l’autre côté du détroit, la petite devait être confiée à son oncle et sa tante. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Aux abords du port, deux autres migrants se sont introduits dans le van, vraisemblablement à l’insu de Robert. Le véhicule n’a pas échappé pas aux contrôles et tout le monde a été arrêté.

Retour dans la Jungle

La fillette est retournée dans la Jungle et Robert a terminé en garde à vue. Il a été libéré après avoir récolté une citation à comparaître devant le tribunal. Formellement, le Britannique est accusé d’avoir « facilité la circulation irrégulière d’un étranger en France ». Pour cela, il risque une peine d’emprisonnement de 5 ans et 30.000 euros d’amende.

« C’est le retour du délit de solidarité, s’insurge Nan Suel de l’association Terre d’errance. Il s’agit ni plus ni moins que de criminaliser un geste de solidarité gratuit ». Le Réseau éducation sans frontières (RESF) dénonce le « procès de la solidarité ». Pour Christophe Duffy, conseiller municipal EELV à Calais, « ça résume l’inhumanité avec laquelle on gère le problème des migrants ».

Aujourd’hui, selon Terre d’errance, la fillette et son père vivent toujours dans la Jungle. « Ils ont de la famille de l’autre côté de la Manche, ils n’ont aucune raison de demander l’asile en France », explique l’association. Robert, lui, ne se défilera pas face à la justice Française. Il sera bel et bien présent à l’audience, prévue ce jeudi à 13h30.