Nord: Annœullin attend ses premiers détenus «radicalisés»

TERRORISME Le ministère de la Justice compte ouvrir 5 unités spécialisées dans la gestion des radicalisations violentes d’ici mars…

O.A. avec AFP

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Annoeullin, le 21 juin 2011. Le centre de d?tention p?nitentiaire de Lille Annoeullin peut accueillir 688 d?tenus exclusivement masculins. Il vise ? remplacer la prison de Loos, trop v?tuste.
Annoeullin, le 21 juin 2011. Le centre de d?tention p?nitentiaire de Lille Annoeullin peut accueillir 688 d?tenus exclusivement masculins. Il vise ? remplacer la prison de Loos, trop v?tuste. — M.LIBERT/20 MINUTES

C’est la première réponse de l’État aux dérives djihadistes en prison. Les premières « unités dédiées » aux détenus en voie de radicalisation violente vont ouvrir fin janvier dans des prisons de Lille-Annœullin (Nord) et de Fresnes et Osny (région parisienne).

Une centaine de personnels de l’administration pénitentiaire suivent actuellement une formation de trois semaines au ministère de la Justice. Gardiens, conseillers de probation ou psychologues seront ainsi mieux à même de gérer les détenus poursuivis ou condamnés dans des dossiers de terrorisme.

Christiane Taubira rend hommage à ces agents qui « protègent la société »

« Nous avons pris une claque avec les attentats de janvier. Il faut comprendre par quels parcours les détenus sont passés pour mesurer les risques de passage à l’acte, savoir où nous devons intervenir », explique Isabelle Gorce, directrice de l’Administration pénitentiaire (AP).

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Isabelle Gorce précise que cinq unités, au total, seront créées d’ici au mois de mars, dont deux consacrées uniquement à l’évaluation des détenus. « Vous prenez votre part dans la lutte contre un phénomène mondial », a lancé à la salle la garde des Sceaux, Christiane Taubira, venue témoigner de sa « gratitude » envers ces agents qui « protègent la société ».

Améliorer le dispositif testé à Fresnes

C’est notamment l’expérience de Fresnes, où a été créé le premier quartier dédié avec une vingtaine de radicalisés séparés des quelque 2.200 autres détenus, qui a servi à penser les futures unités.

Pour Aurélien Georges, surveillant dans cette unité depuis son ouverture en octobre 2014, l’expérience a été « positive ». Sans « créer un Guantanamo français », il fallait « éviter la contamination » des autres détenus en les protégeant du discours prosélyte de quelques-uns. « Cela a apaisé les choses. »

Ne pas chercher à « raisonner le jeune »

Aux agents qui côtoieront ces détenus demain, les chercheurs livrent aussi quelques conseils, comme l’anthropologue Dounia Bouzar, dont le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam suit un millier de jeunes. « Face au processus de déshumanisation, il ne faut pas chercher à raisonner le jeune «, dit-elle, mais travailler sur l’affectif en « ravivant des souvenirs chargés d’émotion ». Elle espère que ces méthodes qui « fonctionnent en milieu ouvert » (sans incarcération) puissent servir pour renouer un lien avec des détenus coupés de leur monde, premier pas pour sortir de l’emprise radicale.

Relevant que seuls 15 % des radicalisés basculent en détention, la chancellerie a lancé plusieurs chantiers depuis les attentats de janvier 2015, notamment un programme de détection et de prise en charge des radicalisés.

Le ministère a annoncé une augmentation des effectifs : 1.500 surveillants seront embauchés en 2016, auxquels s’ajouteront une partie des 2.500 postes pour la justice promise près les tueries du 13 novembre. Le renseignement pénitentiaire a d’ailleurs vu ses effectifs presque tripler en quatre ans.