Le Préfet du Nord revendique la «rupture» contre les sans-papiers

LILLE Il «refuse le chantage de la grève de la faim»...

De notre correspondant à Lille, Olivier Aballain

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Le bras de fer entre les autorités et les sans-papiers de l'agglomération lilloise s'est durci mardi avec l'évacuation par la police de grévistes de la faim près de cinq hôpitaux, une semaine après la présentation d'un plan de "sortie de crise" par le préfet du Nord.
Le bras de fer entre les autorités et les sans-papiers de l'agglomération lilloise s'est durci mardi avec l'évacuation par la police de grévistes de la faim près de cinq hôpitaux, une semaine après la présentation d'un plan de "sortie de crise" par le préfet du Nord. — Philippe Huguen AFP/Archives

«Je refuse le chantage de la grève de la faim. Les 35 personnes arrêtées feront l'objet d'une procédure de reconduite à la frontière.» Daniel Canépa, le Préfet du Nord-Pas-de-Calais, a durci le ton ce mercredi en conférence de presse après l'arrestation, la veille, de quarante-deux sans-papiers en grève de la faim près des hôpitaux de Lille, Valenciennes, Tourcoing et Roubaix. Sept ont été relâchés à l'issue de la garde-à-vue, n'étant «pas expulsables pour diverses raisons administratives». Les trente-cinq restants — qui ont refusé l'accord de «sortie de crise» présenté la semaine dernière —, «seront reconduits à la frontière sous 48h si possible, ou maintenus en rétention, si le juge des libertés l'accepte, en attendant leur expulsion».

Moins de compassion

Le Préfet a affirmé ainsi avoir «beaucoup moins de compassion pour ceux qui entrent illégalement sur le territoire et s'y maintiennent [...] que pour les personnes qui se battent contre la maladie, un handicap, ou les victimes d'infractions». Revenant sur les onze ans de lutte des sans-papiers dans la région, le Préfet a affirmé vouloir «briser l'équation "grève de la faim=régularisation massive" pour en faire "grève de la faim=expulsion". C'est aussi ça la rupture».

Contre les filières d'immigration illégale

Enfin, Daniel Canépa a indiqué avoir demandé « à tous les services » de participer à l'enquête pour démanteler « les filières mafieuses qui se font de l'argent sur le transfert de personnes entre pays ». L'enquête s'intéresse notamment à la « filière guinéenne », puisque 26 des sans-papiers arrêtés hier proviennent de Guinée. « Nous récoltons des témoignages », a seulement indiqué le Préfet, qui promet d'ailleurs aux témoins éventuels «un examen très indulgent de leur dossier». «Notre position sera très ouverte pour tous ceux qui arrêteront leur grève de la faim».