Pas-de-Calais: Les fraternisations de la Grande guerre ont enfin leur monument

HISTOIRE Il aura fallu cent ans pour que cet épisode de la première Guerre mondiale soit reconnu « au plus haut niveau de l’Etat »…

Mikael Libert

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Le Monument des Fraternisations a été inauguré à Neuville-Saint-Vaast.
Le Monument des Fraternisations a été inauguré à Neuville-Saint-Vaast. — M.Libert/20 Minutes

Inauguration et reconnaissance. Jeudi, le président de la République a fait le déplacement à Neuville-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais, pour l’inauguration du Monument des Fraternisations. Mis en lumière dans le film de Christian Carion, « Joyeux Noël », cet événement de la guerre 1914-1918 obtient enfin une reconnaissance officielle.

Un monument qui détonne

Avec ses silhouettes colorées de soldats sans armes, il détonne agréablement dans le paysage teinté de gris des monuments aux morts et autres cimetières militaires qui parsèment la région. Le Monument des Fraternisations, inauguré ce jeudi, est différent, unique au monde, car, de la bouche même du président Hollande, « il célèbre un acte de paix au milieu d’une guerre ».

 

Les fraternisations ce sont ces instants où, sur le front, les soldats ont arrêté de combattre et sont allés les uns vers les autres au cours des mois de décembre 1914 et 1915. Comme de simples êtres humains, ils ont déposé provisoirement les armes et ont échangé vivres ou boissons et parfois même joué au football. Les autorités, à l’époque, n’avaient pas vu ces actions d’un bon œil. Lorsqu’il a appris la nouvelle, l’Etat-major français a même fait donner l’artillerie pour disperser les groupes de fraternisants.

La volonté de deux hommes

Ce monument doit son existence à deux personnes en particulier. Louis Barthas d’abord. Ce caporal français fait partie des soldats ayant fraternisé pendant 14-18. Il est l’auteur d’un livre de 500 pages intitulé « Les carnets de guerre » dans lequel il raconte, entre autres, les fraternisations et son espoir de voir un jour un monument érigé pour « commémorer cet élan de fraternité ».

 

L’autre personne, c’est le cinéaste Christian Carion. En 1992, « au creux d’un livre », il découvre cet épisode de la Grande guerre. Il fait des recherches et tombe sur le livre de Louis Barthas puis décide d’en faire un film. Joyeux Noël sortira en 2005. Il militera ensuite pour la création d’un monument en hommage « aux soldats qui eurent le courage du geste fraternel ».

Dix ans pour aboutir

Ce n’est qu’en décembre 2013 que le projet de construction est lancé. Les 700.000 euros nécessaires à son financement sont payés par les collectivités territoriales, des mécènes et de nombreux donateurs privés.

Frank, Nathalie et leur fils Till, 8 ans, font partie de ces particuliers qui ont aidé à financer le monument. Lors de l’inauguration, cette famille franco-allemande faisait figure de symbole. « Till a la double nationalité, il représente aujourd’hui cette fraternisation », explique Nathalie, sa maman française.