Lille: Le procès des petits arrangements entre amis au tribunal

JUSTICE Sept prévenus comparaissent pour une vaste affaire d’abus de biens sociaux et de blanchiment entre Paris et Lille…

Mikaël Libert

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Dominique Alderweireld, dit Dodo la Saumure, est mis en cause dans ce dossier.
Dominique Alderweireld, dit Dodo la Saumure, est mis en cause dans ce dossier. — Philippe Huguen afp.com

« Une machine à faire de l’argent ». Ce mercredi, la 8e chambre du tribunal correctionnel de Lille se penchait sur une vaste affaire d’abus de biens sociaux, de blanchiment et de faux entre la région parisienne, Lille et la Belgique. Parmi les sept mis en cause, le tenancier de bars montants Dominique Alderweireld dit « Dodo la Saumure ».

« Des avantages en nature, des commissions ou des largesses »

Tous les faits reprochés aux prévenus remontent à la période 2002-2004. Au centre de cette affaire Yannick Moreau et sa société MPM Construction, basée à Noisy-le-Grand. Gérant de fait de la société MPM, Yannick Moreau est accusé, entre autres, d’abus de biens sociaux, travail dissimulé et faux en écriture. « En deux ans, plus de 560.000 euros de chèques injustifiés, ou plus de 20.000 euros pour assurer des voitures personnelles. Comment expliquez-vous cela ». « Des avantages en nature, des commissions ou des largesses pour les apporteurs d’affaires », détaille Yannick Moreau.

Le président interpelle Jocelyn Resclause, un autre prévenu. « Vous étiez directeur commercial de MPM mais on dirait plutôt que c’était vous et votre épouse qui dirigiez la société ». « J’apportais des chantiers et je les supervisais » répond l’homme. « Mais c’est vous qui embauchiez des ouvriers non déclarés ? », poursuit le président. « Je pensais les déclarer quand nous ferions des bénéfices, mais c’était compliqué », bredouille Jocelyn Resclause. Sans contrat de travail, l’accusé reconnaît avoir « perçu des sommes comme commissions sur des chantiers ».

« Plus de deux millions d’euros en deux ans »

Pour dégager du cash, Yannick Moreau déposait des chèques de la MPM sur le compte de sa société immobilière (SCI) basée à Lille, sous couvert de fausses factures, puis retirait l’argent en liquide au guichet. « Plus de deux millions d’euros en deux ans », déclare le président. Là encore, ces sommes servaient à payer discrètement des ouvriers ou des commissions. Le directeur de l’agence qui gérait le compte et le conseiller clientèle de Yannick Moreau sont d’ailleurs aussi poursuivis pour blanchiment aggravé. Les enquêteurs s’étaient étonnés que les importants mouvements de fonds sur le compte de la SCI n’aient jamais été signalés.

« Moi c’est Dodo la Saumure »

Arrive le tour de Dominique Alderweireld, accusé de blanchiment aggravé. A l’époque, il était gérant de fait de la société Sobie, spécialisée dans l’import de matériel médical. Plus de 134.000 euros de chèques de la MPM ont été déposés sur le compte de la Sobie pour être ensuite reversés à la MPM par virement. « A quoi correspondent des allers-retours d’argent ? Ça ressemble à du blanchiment », interroge le président. « Pas du tout, rétorque Dodo, il s’agissait de provisions pour répondre à un appel d’offres en Belgique ». « Et les retraits d’argent liquides effectués par Yannick Moreau avec la mention manuscrite ''Dodo'' ? », demande le président. « Des ''Dodo'', il n’y en a pas qu’un. Moi c’est ''Dodo la Saumure'' ».