Attentats à Paris: Pour le comédien Ben Hamidou, la culture peut sauver Molenbeek du communautarisme

TERRORISME Le comédien belge a peur que «tout le travail de cohésion sociale fourni par les associations depuis plusieurs années soit balayé»…

Gilles Durand

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Le comédien Ben Hamidou.
Le comédien Ben Hamidou. — Ben Hamidou

De notre envoyé spécial en Belgique

La culture peut-elle sauver Molenbeek ? « Le canal qui nous sépare de Bruxelles est une frontière physique et surtout psychologique », avoue le porte-parole de cette municipalité belge, montrée du doigt pour avoir notamment abrité un des auteurs des attaques terroriste à Paris.

Rôle d’imam dans Les Barons

Et pourtant, il en est qui défendent leur ville. C’est le cas de Ben Hamidou, un comédien dont la notoriété est montée en flèche avec son rôle d’imam dans le film Les Barons, tourné à Molenbeek en 2009. Depuis, il a aussi joué dans une pièce comique sur le radicalisme baptisée Djihad, laquelle a fait beaucoup parler d’elle.

 

Né à Oran (Algérie), Ben Hamidou a grandi à Molenbeek. « Cette ville, c’est comme ma mère adoptive. Alors quand on la traite, ça me fait du mal », affirme-t-il. L’artiste déplore que « depuis samedi, ce sont les sentiments de honte, de peur et de haine qui dominent ». Sa crainte, c’est que « tout le travail de cohésion sociale fourni par les associations depuis plusieurs années soit balayé ».

Un terreau associatif riche

Pourtant, Ben Hamidou en reste persuadé, « Molenbeek est le terreau associatif le plus riche de Bruxelles ». Pour lui, « le problème de la radicalisation existe et il faut le résoudre. Bien sûr qu'on sent le repli identitaire, mais il n’y a pas que ça ».

Sa famille est arrivée dans les années 70, à l’époque où le centre historique, le long du canal, a connu une transformation sociale. La construction de nouveaux quartiers en périphérie a changé la physionomie du centre. Beaucoup d’immigrés marocains sont venus s’installer les logements délabrés délaissés car c’était bon marché.

Avec le regroupement familale, la population d’immigrés a grossi. Aujourd’hui, on estime qu’environ 70 % des habitants du centre-ville est issu de cette immigration.

« Le théâtre a un rôle éducateur »

Ben Hamidou a trouvé la culture comme moyen d’intégration. « Le théâtre a un rôle éducateur », note-t-il. Depuis quinze ans, avec son association culturelle Smoners, il anime des ateliers et monte des pièces de théâtre. « C’est important de travailler avec les gens du quartier. L’art n’est pas un vaccin, mais il essaie d’éveiller les consciences ».

Même si, parfois, il est confronté à de vives critiques. « Bien sûr, on m’a déjà traité de mécréant. Mais je préfère que ces gens-là me le disent. Au moins, on discute. » L’enjeu, c’est de ne pas rester cantonnés dans Molenbeek. « Nous jouons un peu partout, même à l’étranger, mais on se heurte encore à des barrières ».

Et de prendre un exemple : « Quand nous avons monté un spectacle sur les tirailleurs marocains venus combattre pendant la Seconde Guerre mondiale, on voulait nous limiter à passer dans la Semaine de la Discrimination, alors que c’est un thème universel ». Pour Ben Hamidou, une des solutions est d’en finir « avec cette tentation du "Bougnoul Day" ».