Attentats à Paris: «On ne nous considère pas comme belges», regrettent deux éducateurs de Molenbeek

TERRORISME Pour Chahid et Abdelilah, deux éducateurs, c’est la désespérance et la discrimination de la jeunesse qui mènent à la radicalisation…

A Molenbeek, Gilles Durand

— 

Saïd, né à Molenbeek.
Saïd, né à Molenbeek. — G. Durand / 20 Minutes

De notre envoyé spécial en Belgique

« Il faut casser la chaîne de la violence », assurait un élu belge écologiste, lundi matin sur la station de radio de la RTBF. Pour lui, ce n’est pas avec des « moyens policiers classiques que l’on va pouvoir lutter contre le terrorisme ».

Attablés dans un salon de thé, à la frontière entre les communes de Kokelberg et Molenbeek, Abdelilah et Chahid, la trentaine, sont de cet avis.

Une cité-dortoir

Tous deux sont éducateurs. Chahid habite Molenbeek depuis trois ans, mais il ne connaît pas la ville : « C’est une cité-dortoir. Les gens viennent habiter ici parce qu’ailleurs c’est trop cher et on refuse souvent de louer à des Arabes : il faut dire les choses telles qu’elles sont ».

Sur un écran géant, les images de BFMTV défilent en boucle. Sept ou huit personnes regardent la télé autour d’un café ou d’un thé. Souvent en silence. Molenbeek est sous le feu de l’actualité depuis que l’enquête sur les attentats de Paris a identifié un des auteurs comme habitant dans cette commune de 96.000 âmes, adossée à Bruxelles.

Un faux procès

Pour les deux éducateurs, la ville est victime d’un faux procès. « Il n’y a pas plus de radicalisation ici qu’ailleurs », assure Abdelilah. Pour lui, le problème est ailleurs.

« On ne nous considère toujours pas comme belge. A la médecine du travail, on a demandé huit fois à Chahid d’où il était. Alors qu’il est né en Belgique. Quel message on fait passer en faisant ça ? », raconte-t-il.

« Des gourous qui cherchent des gens perdus »

« Pas besoin des mosquées pour radicaliser les jeunes. C’est le travail des gourous qui cherchent des gens perdus. Le problème est le même dans n’importe quelle cité. Pas besoin de venir à Molenbeek pour faire ce constat », assure Chahid.

Survient Saïd. Lui est né à Molenbeek, il y a 48 ans. Il y a toujours vécu, à part un passage par la case prison. C’est là qu’il a appris les vraies valeurs de l’islam, en lisant le Coran lui-même. « J’ai connu des gens qui sont partis en Syrie. Ce n’est pas pour l’islam. c’est pour l’appât du gain. On leur promet pouvoir et argent alors qu’ici, ils sont dans la merde », dit-il.

Adolescents fragilisés

Souvent des adolescents fragilisés comme Abdelilah et Chahid en croisent parfois. « Le problème est souvent le même. Des familles séparées, pas de travail, le manque de repères, le regard des autres… », note Abdelilah. A Molenbeek, comme ailleurs.