Lille: Le plaidoyer très politique d'Éva Joly contre le procureur Courroye

JUSTICE L’eurodéputée EELV comparaissait ce 3 novembre dans un procès en diffamation intenté par l’ancien procureur de Nanterre, Philippe Courroye…

Olivier Aballain

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Paris le 05 janvier 2012, portrait d'Eva Joly eurodéputée verte.
Paris le 05 janvier 2012, portrait d'Eva Joly eurodéputée verte. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Quand Éva Joly passe au tribunal, on ne sait plus exactement qui est au banc des accusés. L’eurodéputée EELV comparaissait ce mardi au tribunal correctionnel de Lille pour des propos jugés diffamatoires par l’ancien procureur de Nanterre, Philippe Courroye.

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Le 4 novembre 2013, interrogée sur le contrat liant l’État à la société Écomouv, Éva Joly avait paru insinuer que le parquet de Nanterre avait ralenti l’enquête lancée sur le financement par l’État des portiques Écotaxe. « A l’époque, c’était Courroye le procureur [de Nanterre], et rien n’est arrivé », avait indiqué l’eurodéputée sur iTélé.

« Venin distillé par Mme Joly »

A la barre du tribunal, elle parle du contexte (les portiques attaqués par les Bonnets Rouges), et reconnaît avoir « utilisé le nom (de Mr Courroye) pour attirer l’attention sur la situation ».

Pour Me Olivier Baratelli, défenseur de Philippe Courroye, cette déclaration participe du « venin distillé par Madame Joly » à l’encontre de son client. L’avocat cite plusieurs déclarations de juillet 2010 dans lesquelles Éva Joly faisait déjà de son client un « procureur aux ordres » du pouvoir.

« Je me base sur les faits, a rétorqué l’ancienne juge d’instruction. Il est de notoriété publique que Philippe Courroye s’est rendu à huit reprises à l’Élysée pour rendre des comptes ».

Dans sa plaidoirie en défense, l’avocat Me William Bourdon sortira le canon de 105 : « Philippe Courroye pleure un honneur foulé aux pieds par ses propres turpitudes ». L’avocat cite volontiers l’avis du conseil supérieur de la magistrature, qui a estimé en janvier 2014 que Philippe Courroye n’avait « pas les qualités pour diriger un parquet ».

Pas d’irrégularités sur le contrat Écomouv, selon le Sénat

Me Olivier Baratelli a eu plus de succès lorsqu’il s’en est rapporté aux faits, justement. Le jour de la déclaration d’Éva Joly, Philippe Courroye n’était déjà plus procureur de Nanterre. Son successeur, qui a rouvert « dare-dare » l’enquête préliminaire, comme s’en félicite Éva Joly, n’a pas non plus jugé utile d’ouvrir une information judiciaire.

Et une commission d’enquête sénatoriale a conclu à l’absence d’irrégularités sur ce fameux contrat Ecomouv. « Est-ce que vous avez donné une interview pour le dire ? », demande Me Olivier Baratelli. « Le contrat ayant été rompu, ce n’était plus dans l’actualité », élude Éva Joly.

Me Olivier Baratelli a réclamé une condamnation « exemplaire » à 20.000 euros de dommages et intérêts. Le tribunal rendra sa décision le 15 décembre.