Le site de l'atoll de Mururoa où la France menait des essais nucléaires, photographié le 13 février 2014
Le site de l'atoll de Mururoa où la France menait des essais nucléaires, photographié le 13 février 2014 — Gregory Boissy AFP

JUSTICE

Nord: Irradié dans les années 70, un militaire obtient une indemnisation post-mortem

Décédé début octobre, le vétéran était en poste en Polynésie et dans le Sahara quand la France y procédait à des essais nucléaires…

Il a obtenu réparation après sa mort. Le tribunal administratif de Lille a ordonné l’indemnisation par l’État d’un ancien militaire irradié lors des essais nucléaires français en Polynésie et au Sahara dans les années 1970, et décédé d’une leucémie début octobre. L'homme était originaire de Renty, près de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais.

Dans son jugement, rendu le 20 octobre et communiqué à la presse vendredi, le tribunal a ordonné au ministère de la Défense de « saisir le comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires » (Civen) afin qu’il « procède à l’évaluation des préjudices de toute nature imputables à la maladie radio-induite » dont le plaignant, Bernard Bertin, a été atteint.

L’indemnisation sera versée aux ayants droits

La requête de Bernard Bertin faisait suite au refus du ministère de la Défense d’indemniser le plaignant, un ancien militaire en poste au Sahara en mars 1966 et en Polynésie entre 1966 et 1967. Elle avait été soutenue par l’association des vétérans des essais nucléaires (Aven).

Bernard Bertin, qui avait présenté sa demande d’indemnisation le 30 juin 2011, est décédé à 70 ans trois jours après l’audience du 6 octobre, atteint d’une leucémie diagnostiquée en 2010. Dans ce cas, l’indemnisation est versée aux ayants droit.

Décontaminateur en Polynésie

Ce militaire s’était engagé dans la marine en 1966. Il avait travaillé comme décontamineur, notamment en Polynésie, lorsqu’avaient été réalisés « six essais nucléaires atmosphériques et au Sahara »

« C’est une très bonne décision, mais ce qui est regrettable, c’est que M. Bertin a initié cette procédure en 2011, il aurait déjà dû obtenir une indemnisation de la part du ministère de la Défense (…) je regrette la lenteur et cette résistance du ministère à faire convenablement appliquer le dispositif d’indemnisation », a déclaré l’avocate de l’Aven, Cécile Labrunie.

17 dossiers indemnisés sur 931

La loi Morin de janvier 2010 avait été le premier pas permettant aux victimes des essais nucléaires français de demander une indemnisation pour les cancers développés par la suite. Au niveau national, 17 dossiers de vétérans des essais nucléaires à peine avaient donné lieu, fin 2014, à des indemnisations sur 931 reçus par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen). Entre 1960 et 1996, 210 essais nucléaires ont été menés au Sahara et en Polynésie, impliquant quelque 150.000 personnes.