Nord: Certaines familles de handicapés résistent à l'appel de la Belgique

SOCIÉTÉ Les seules solutions de prise en charge en France sont à (très) long terme…

Mikael Libert

— 

Les parents d'Amélie (G) ne trouvent pas de solution en France pour leur fille.
Les parents d'Amélie (G) ne trouvent pas de solution en France pour leur fille. — M.Libert / 20 Minutes

La Belgique sinon rien. Dans un livre noir intitulé « Les bannis de la république », l’Union nationale d’associations de parents et amis de personnes handicapées mentales (Unapei) dénonçait l’envoi des handicapés français vers des structures belges, faute de place en France. La région Nord-Pas-de-Calais regroupe, à elle seule, près d’un quart des handicapés français sans solution d’accueil sur le territoire national.

« Quand on sera vieux et malades, on va faire quoi ? »

Amélie fait partie des 1.315 adultes en attente d’une place en hébergement médicalisé dans la région. Polyhandicapée, ce sont ses parents, Danièle et André, qui prennent soin d’elle. « Ça fait 40 ans que je m’en occupe et là, je fatigue », constate Danièle. « Si on a encore Amélie sur les bras quand on sera vieux et malades, on va faire quoi ? », lâche André, son père. Si la formulation est maladroite, on ne peut cependant pas reprocher au couple de ne pas aimer sa fille : pas question de l’exiler loin de la maison familiale.

>> Relire notre article : Un livre noir dénonce l'« exil » en Belgique

Tiraillés entre l’absence de solution à court terme en France et le refus de placer Amélie en Belgique, Danièle et André sont dans l’impasse. « Les listes d’attente dans les établissements de la région sont longues, regrette Claude Hocquet, président de l’Udapei Nord. On peut mettre 10 à 15 ans avant d’avoir une place ». Lui, il soutient les familles qui refusent de se tourner vers les voisins belges : « L’éloignement peut déstabiliser la personne handicapée et déchire la cellule familiale ».

Solutions pas adaptées

A 19 ans, Ophélie est atteinte du syndrome de Rett, une maladie génétique neurologique qui, entre autres, provoque une altération sévère du langage et un retard psychomoteur. Son père aussi refuse de lui faire passer la frontière malgré l’absence de possibilités dans la région : « Les seuls établissements proches que l’on nous a proposés n’étaient pas adaptés, fulmine-t-il. Là, ma fille est en internat à Maubeuge et ne rentre que le week-end. Elle pleure à chaque fois qu’elle doit retourner là-bas ».

Dans le Nord-Pas-de-Calais, 11.038 personnes handicapées sont en attente d’une place dans une structure adaptée. Pour la France entière, leur nombre dépasse les 47.000. En ce qui concerne le nombre d’exilés forcés, Unapei avance le chiffre de 6.500 Français actuellement accueillis dans des établissements belges dont environ 2.500 sont originaires de la région.