Nord: Quel avenir pour les orchestres régionaux (Lille et Picardie) ?

CULTURE La fusion Nord-Pas-de-Calais-Picardie ne sera pas sans effet sur les ensembles symphoniques...

Olivier Aballain

— 

L'auditorium utilisé par l'ONL, salle du Nouveau-Siècle à Lille
L'auditorium utilisé par l'ONL, salle du Nouveau-Siècle à Lille — M. Libert

Y aura-t-il des fausses notes après les élections régionales ? Les musiciens des orchestres symphoniques de Lille (ONL) et de Picardie s’interrogent sur l’avenir de leurs orchestres respectifs, une fois constituée la future grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Avec 8,5 millions d’euros de subventions régionales cumulées tous les ans, l’enjeu est de taille.

Environ 80 % de subventions

Pour Jacques Merrer, clarinettiste à l’Orchestre National de Lille, et représentant du syndicat national des enseignants et artistes (Unsa-Snea), « la tentation serait grande de serrer les budgets en profitant de la fusion des régions, mais ce serait une politique à courte vue ».

Les chiffres sont simples : l’Orchestre national de Lille et celui de Picardie tirent environ 19 % de leurs ressources de leur activité propre (billetterie, production de concerts…). C’est pile dans la moyenne nationale. Pour le reste, ils dépendent des subventions. Le conseil régional de Picardie verse ainsi environ 3 millions d’euros par an à l’orchestre de son territoire (65 % des ressources), et celui du Nord-Pas-de-Calais attribue 5,5 millions à l’ONL (45 % des ressources).

Heureusement les deux orchestres ont un atout de taille : ils ne jouent pas dans le même registre. Avec ses 37 virtuoses, l’orchestre de Picardie est plus mobile que l’ONL et ses 99 musiciens : 85 % des concerts picards se faisaient hors Amiens en 2012, contre 26 % hors Lille pour l’ONL. Et leurs répertoires sont très différents : centré sur le 17e siècle pour la Picardie, plutôt 19e et 20e pour l’ONL.

Des orchestres complémentaires

Bernard Bodiou, violoniste et représentant du Snam-CGT à l’ONL, voit le bon côté de la fusion des régions : « Elle permettra à l’orchestre de Picardie d’apporter de la musique symphonique dans des villes du Pas-de-Calais où nous ne pouvions pas nous déplacer. Et nous, nous pourrons aller jouer de grandes œuvres à Amiens ». En outre, l’ensemble picard pourrait profiter du studio d’enregistrement numérique unique en province, inauguré à Lille en avril 2015.

Vincent Defurne, corniste (joueur de cor) dans l’orchestre de Picardie, est sur le même tempo. « Il n’y a pas de concurrence entre les deux ensembles, ce sera à nous d’aller vers les gens ». D’ailleurs, les Picards accompagnent déjà l’opéra de Lille une fois par an…

Mais certains s’inquiètent des fuites du rapport commandé par le ministère de la Culture à Laurent Langlois, ancien patron de l’orchestre national de Lyon, qui ferait état de possibles « mutualisations ». Réunis en « États généraux » le 14 septembre, les représentants d’une trentaine de formations régionales ont rappelé que le service rendu était un service « de proximité »

Des rencontres avec les candidats aux élections régionales sont au programme. En chanson ?