Nord: Vers la disparition des médecins de campagne ?

SANTE Une association de jeunes toubibs organise un colloque, samedi à Lille, pour proposer des solutions à la désertification de certains territoires de la région…

Gilles Durand

— 

Dans les zones rurales, des cabinets se retrouvent parfois sans médecins.
Dans les zones rurales, des cabinets se retrouvent parfois sans médecins. — V. WARTNER / 20 MINUTES

A Coulomby, près de Saint-Omer, le maire a tout fait pour attirer un médecin dans sa commune de 800 habitants, allant jusqu’à prêter la mairie pour qu’il s’installe. Cet épisode en dit long sur les difficultés qu’éprouvent les élus des zones rurales à maintenir un médecin généraliste sur leur territoire.

Un écart qui grandit entre les territoires

Samedi, un syndicat de jeunes médecins généralistes, Noragjir, organise un colloque* à la faculté de médecine de l’université catholique de Lille pour proposer des solutions. « Le Nord-Pas-de-Calais est touché par la difficulté d’accès aux premiers soins, mais de manière moins sensible que beaucoup d’autres régions », souligne l’Agence régionale de Santé.

En revanche, l’écart entre les zones augmente depuis une dizaine d’années. Il était de 1 à 4 en 2007, il est de 1 à 6 en 2014. Les territoires les plus touchés par la pénurie de médecins sont le sud de l’Artois Douaisis, le sud du Cambrésis et le Littoral intérieur.

 

« L'installation reste trop compliquée »

« De nombreuses aides financières existent, mais les jeunes médecins ne les connaissent pas », souligne Virginie Suau, présidente de Noragjir. Pour elle, l’installation reste encore trop compliquée aux yeux d’étudiants qui passent la plupart de leurs stages au sein de l’hôpital. L’association pointe le manque d’expérience dans les cabinets de médecins et de formation à la gestion d’un cabinet médical. « Sur trois ans d’études, seulement trois heures y sont consacrées », déplore Virginie Suau.

Autre constat : de plus en plus de médecins généralistes sont des femmes. « On ne veut pas exercer comme nos aînés, lance Virginie Suau. On n’a pas forcément envie de s’installer seule ». Une des solutions reste l’organisation en maison de santé : 25 sont déjà en activité dans la région et 48 projets sont recensés.

La fin du numerus clausus ?

Pour certains professionnels, la solution passe par la fin du numerus clausus. « Une de mes élèves a obtenu d’excellentes notes et aurait fait une très bonne médecin, mais à cause du numerus clausus, elle ne le sera pas. Dommage au moment où on en manque », regrette un médecin de campagne du Cambrésis, tout juste retraité et prof à la Catho.

Lui, n’a trouvé personne pour prendre sa succession. « Les étudiants en médecine ne connaissent pas le bonheur qui existe à exercer à la campagne », assure-t-il.

* De 9h à 18h, avec la participation du Conseil de l'Ordre des médecins, l'Agence régionale de santé et de la CPAM.