Pas-de-Calais: Un maire empêche la reconstruction d'un abri pour migrants

MIGRANTS L’ancien maire avait pourtant donné son accord avant d’être battu aux dernières élections…  

M.L. avec AFP

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Le camp de migrants de Norrent-Fontes (62), photographié ici en 2011.
Le camp de migrants de Norrent-Fontes (62), photographié ici en 2011. — M.Libert / Archives 20 Minutes

Jeudi, le maire (DVD) de Norrent-Fontes, petite commune du Pas-de-Calais, a pris un arrêté contre la reconstruction, par une association, d’un abri pour migrants qui avait brûlé en avril, a-t-on appris de sources concordantes, vendredi.

L’association Terre d’errance avait entamé en juillet la reconstruction de cet abri excentré, « juste un abri fait avec des palettes en bois et de la paille à l’intérieur, qui est exactement au même emplacement que le précédent », a indiqué à l’AFP Nathalie, l’une des co-présidentes de l’association.

L’ancien maire était d’accord

Le maire précédent, écologiste, avait donné son accord pour la création de l’ancien abri, cinq cabanes en placoplâtre pour accueillir les 150 migrants présents dans la commune. Ceux-ci tentent de monter dans les poids lourds s’arrêtant sur une aire autoroutière proche afin de gagner l’Angleterre via le tunnel sous la Manche.

Mais le nouvel édile, divers droite et élu l’an dernier, a pris un arrêté pour interrompre la reconstruction du camp détruit en avril par un incendie.

« On s’attaque aux migrants et à une association qui leur vient en aide, c’est comme si on attaquait les Restos du cœur », dénonce la militante de Terre d’errance, qui estime que « si on n’était pas là, il y aurait des épidémies, des intrusions dans les champs… »

Zone non constructible

« C’est une zone non constructible, on applique le règlement », justifie le maire actuel, Bertrand Cocq. « La DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer) est venue constater l’infraction », dit-il.

« Ce site n’a aucune existence officielle, on est en plein champ, l’initiative prise par Terre d’errance est absolument illicite », abonde le sous-préfet de Béthune, Nicolas Honoré.

« La petite commune de Norrent-Fontes n’a pas les moyens de prendre en charge des migrants : 150 migrants pour 1.000 habitants c’est 15 % de la population, bien plus qu’à Calais », argumente le sous-préfet, soulignant que « c’est sur Calais que nous faisons les efforts nécessaires ». Il y existe un centre d’accueil de jour pour les 3.000 migrants, mais dénoncé comme insuffisant par les associations.

Du côté de Terre d’errance, Nathalie avertit : à Norrent-Fontes, « on peut tout raser, mais avec ou sans abri les migrants seront toujours là ».

La question migratoire est sous le feu de l’actualité depuis plusieurs semaines. Chaque nuit, des centaines de tentatives d’intrusion de migrants sont recensées sur le site d’Eurotunnel près de Calais.