Calais: Pourquoi ça coince entre Eurotunnel et les salariés de MyFerryLink

SOCIAL Le conflit sur l'avenir de MyFerryLink inquiète les députés et entre dans une nouvelle phase judiciaire...

Olivier Aballain

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Calais, le 15 aout 2014. Un bateau de la compagnie My Ferry Link entre au port de Calais.
Calais, le 15 aout 2014. Un bateau de la compagnie My Ferry Link entre au port de Calais. — M.Libert/20 Minutes

A Calais, le conflit entre Eurotunnel et les marins de MyFerryLink s’envenime peu à peu sur les terrains judiciaire et politique. Une procédure a été lancée devant le tribunal de commerce de Paris, et une commission d’enquête parlementaire est sur les rails.

Que veulent les salariés ?

Le port est toujours partiellement bloqué par les salariés de la Scop (coopérative) SeaFrance, qui opère les liaisons MyFerryLink depuis trois ans. Ils refusent la vente de deux des trois navires de la compagnie à leur concurrent anglo-danois, DFDS, et demandent un délai pour monter leur propre offre de reprise.

Retrouvez notre article : Eurotunnel lâche officiellement MyFerryLink

Les salariés emmenés par le syndicat maritime Nord, majoritaire à SeaFrance, ont décidé ce vendredi de continuer à empêcher les rotations de DFDS à Calais, tout en laissant le champ libre à la 3e compagnie, P & O. En outre, ils occupent les navires qui devaient être transférés à DFDS.

Contactée par 20 Minutes, la communication d’Eurotunnel parle d’un « squat » des navires, mais dit toujours viser l’apaisement. Éric Vercoutre, secrétaire du comité d’entreprise de la Scop SeaFrance, demande « du respect ». « On n’est pas des clochards ».

Que veut Eurotunnel ?

Eurotunnel, propriétaire des trois navires exploités par MyFerryLink, a décidé de se retirer de l’activité de transport de passagers par mer, entre Calais et Douvres.

Le groupe a donc passé un accord avec DFDS, le concurrent anglo-danois de MyFerryLink, pour lui revendre deux des navires exploités par MyFerryLink. Eurotunnel en conserverait un pour le transport de marchandises (frêt).

Problème : seuls 322 des 470 salariés qui travaillaient en CDI pour myFerrylink conserveraient leur emploi (202 chez DFDS, 120 chez Eurotunnel). Sans parler des 130 contrats précaires.

Que veulent les politiques ?

Les élus s’inquiètent logiquement de l’effet sur l’emploi de la revente des navires, alors que la compagnie MyFerryLink paraissait en bonne voie : elle a dépassé ses objectifs (12 % de part de marché au premier trimestre 2015) et avait gagné, en mai, son dernier bras de fer judiciaire au Royaume-Uni.

Une commission d’enquête parlementaire a été demandée par le président de la commission développement durable de l’assemblée nationale. « Il a raison de le faire, car il y a des zones d’ombre importantes », a expliqué Yann Capet, député PS du Pas-de-Calais, à l’AFP. Son collège (LR) Daniel Fasquelle, parle quant à lui d’un comportement d’Eurotunnel « qui n’est pas rationnel d’un point de vue économique ».

Où en sont les procédures au tribunal ?

La revente des navires a été avalisée en juin par le tribunal de Commerce de Paris. Mais les juges ont également ordonné la communication de l’accord signé entre Eurotunnel et DFDS. Pour le moment, Eurotunnel préfère payer l’astreinte de 30.000 euros par jour prévue par le tribunal en cas de non-transmission de l’accord aux administrateurs de MyFerryLink.

Le tribunal de Commerce de Paris va devoir également examiner l’assignation déposée par les salariés de la Scop SeaFrance, qui demandent l’annulation de la vente des navires par Eurotunnel. Ils rappellent qu’en rachetant les navires à SeaFrance en 2012, Eurotunnel s’était engagé à ne pas les revendre avant 5 ans.