Tour de France: On a reconnu l'étape des pavés avec Tony Gallopin

CYCLISME Notre journaliste lillois a parcouru les trois derniers secteurs pavés de la quatrième étape du Tour avec le coureur français...

Francois Launay

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Tony Gallopin et Marion Rousse ont reconnu l'étape des pavés du Tour de France
Tony Gallopin et Marion Rousse ont reconnu l'étape des pavés du Tour de France — M.Dovic/Antargaz

Les pavés dans le Nord, ça me connaît. Il y a trois ans, avec mes collègues lillois, on avait décidé de faire le parcours de Paris-Roubaix en… V’Lille, vous savez ces vélos libre-service qu’on trouve désormais dans toutes les grandes villes. Sur ces secteurs mythiques que sont la trouée d’Arenberg, le Carrefour de l’Arbre ou encore Mons-en-Pévèle, on y avait perdu nos doigts, nos jambes et nos fesses.

Tony Gallopin et Marion Rousse comme guides

Sans doute impressionné par mes performances, il y a trois mois, la société Antargaz, sponsor du Tour de France, m’a lancé un défi : faire la reconnaissance de l’étape des pavés du Tour entre Seraing et Cambrai, celle qui fait peur à tous les favoris pour l’étape de mardi. Alléchant surtout que Tony Gallopin, maillot jaune de l’épreuve l’an dernier, et sa compagne Marion Rousse, elle aussi cycliste professionnelle seraient là pour m’accompagner. Idéal pour en savoir plus sur les pièges à éviter pendant la plus longue étape de l’édition 2015 (223,5km).

Une partie des courageux qui ont tenté l’expérience sur les pavés du Tour - M.Dovic/Antargaz

Des débuts presque tranquilles

Je vous rassure tout de suite, on a seulement roulé sur les trois derniers secteurs, ceux sur lesquels se fera sans doute la différence. Rendez-vous est donc donné fin avril à l’entrée du secteur pavé de Saint-Python, situé au beau milieu de la campagne nordiste, à 26 km de l’arrivée. Casques, coupe-vent, VTT, avec quelques confrères, le maire d’un village du coin et des gagnants d’un jeu concours, on s’équipe pour en baver sur 1500m de pavés disposés en pleine campagne sur une route très étroite. « Le placement sera primordial. Le peloton va arriver à 160 coureurs à pleine vitesse. Il y aura malheureusement des chutes » nous rassure tout de suite Marion Rousse.

« Il faut bien rester au milieu », prévient Gallopin

Bon, vu qu’on n’est que quinze à tout casser et qu’on ne joue pas le général du Tour de France, chacun roule tranquillement à son rythme et sans frotter. Pourtant, malgré une légère montée d’entrée, je ne m’en sors pas trop mal et reste au contact du groupe de tête… qui ne force pas. « C’est assez plat. Les pavés sont corrects. Pour éviter les pièges et les crevaisons, il faut bien rester au milieu », m’explique Tony Gallopin en grand spécialiste.

Malgré le vent, le premier secteur est resté dans mes cordes - M.Dovic/Antargaz

Le secteur pavé le plus long de l’étape

Après cet apéro plutôt léger, place à une entrée un peu plus corsée. Là, on ne rigole plus : 3,7 km de pavés soit le plus long secteur de l’étape. Après avoir essayé de suivre nos deux pros, je perds mes poumons, mes jambes et mes bras fortement secoués sur ces pavés sans fin. Gallopin et Rousse n’ont pourtant pas l’air de forcer mais très vite leurs vélos disparaissent à l’horizon. Tout le monde s’attend à la fin du secteur où j’arrive épuisé. Si elle est plutôt plate, cette portion est très longue ce qui risque de multiplier les risques de chute et de crevaisons.

Tony Gallopin, Marion Rousse en tête de course et moi, loin, très loin derrière (juste devant la voiture) - M.Dovic/Antargaz

Un dernier secteur où l’on tutoie l’enfer

Après en avoir bien bavé, quelques kilomètres sans pavés ne sont pas de trop pour reprendre des forces. Mais le répit est de courte durée car très vite arrive LE grand piège de l’étape. Si l’enfer a un nom, il pourrait s’appeler Avesnes-les-Aubert. Pour commencer, une bosse de pavés à grimper puis une deuxième quasiment dans la foulée. Jamais vu autant de montées sur des secteurs pavés.

La tête de la course - M.Dovic/Antargaz

 

Les leaders sont sans doute déjà arrivés pendant que je me demande encore pourquoi j’ai accepté de faire ça. Les jambes ne répondent plus du tout, le souffle est coupé et je ne me souviens plus avoir autant souffert depuis la relégation du VAFC en Ligue 2. « En plus d’avoir de mauvais pavés, ce dernier secteur est très vallonné. Il y a quand même deux bosses et en plus on arrive en fin d’étape avec beaucoup de fatigue. Celui-là risque d’être décisif », assure Gallopin à la sortie de ce secteur infernal qui arrivé dans le village de Carnières à seulement dix kilomètres de l’arrivée.

Une étape nerveuse en perspective

Pendant que le couple de pros pose pour les photographes, je me prépare à prendre rendez-vous chez le kiné. Mais avant de partir réparer mon corps, Tony Gallopin, pas essoufflé pour un sou, nous dresse le bilan de cette reconnaissance. « Ce sera une étape nerveuse. A la différence d’un Paris-Roubaix, où il n’y a que des spécialistes, sur le Tour on tombe sur des coureurs qui n’ont pas l’habitude de frotter sur les pavés mais qui n’ont pas envie de perdre beaucoup de temps. Du coup, il risque d’y avoir des chutes. Moi, j’espère briller sur cette étape ». Pour moi, ça se passera devant la télé… sans aucun regret.