Calais: L' attaque au vitriol de la commission nationale des droits de l'homme contre les autorités britanniques

MIGRANTS A Calais, la CNCDH porte un regard sévère sur les accords «léonins» passés avec le Royaume-Uni pour la gestion des migrants...

Olivier Aballain
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Manifestants à Calais, à loccasion de la journée mondiale des réfugiés le 20 juin. AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN
Manifestants à Calais, à loccasion de la journée mondiale des réfugiés le 20 juin. AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN — AFP

La commission nationale des droits de l’homme (CNCDH) n’a pas fait dans la diplomatie. L’autorité indépendante, qui conseille le gouvernement et le parlement français, a adopté le 2 juillet une liste de 24 recommandations sur la situation jugée « indigne et intolérable » des migrants à Calais.

Pour retrouver l’avis de la CNCDH sur la situation humanitaire très préoccupante des migrants à #Calais http://t.co/dBqPmZQP53
— CNC Droits homme (@CNCDH) July 2, 2015

Et il y a fort à parier que cet avis très documenté, adopté « à l’unanimité » (avec une abstention), ne plaira pas outre-Manche.

« Atteintes aux libertés »

Certes, la commission dresse un constat très sévère du manque de moyens mobilisés par la France pour accueillir dignement les 3.000 migrants massés à Calais.

 

Migrants devant la porte du centre d'accueil de jour de Calais - O. Aballain

 

La CNCDH, dont 23 des 60 membres sont désignés par des ONG, y parle de « bidonville » et de « catastrophe humanitaire », et même « d’atteintes aux libertés ».

Relire notre reportage : Les associations menacent de quitter le terrain des migrants

Mais la CNCDH sort carrément la sulfateuse lorsqu’il s’agit d’apprécier l’attitude des autorités britanniques sur la gestion de ces réfugiés, dont la plupart cherchent à gagner les côtes du Kent.

La commission recommande purement et simplement à la France de dénoncer les traités « léonins » (déséquilibrés) conclus avec le Royaume-Uni sur la question des réfugiés. « La France doit subir seule, depuis plus de 20 ans, le coût moral et matériel d’une situation humanitaire catastrophique », relève le texte de la CNCDH.

La commission prend acte du versement de 15 millions d’euros sur trois ans consenti par le Royaume-Uni à la France en septembre 2014, mais elle rappelle, à titre de comparaison, que l’installation du centre d’accueil de jour Jules-Ferry, à Calais, a nécessité cette année, à elle seule, un financement de 10 millions d’euros.

Le « pragmatisme » britannique contre « l’aspiration » française

La CNCDH évoque même un complexe français dit « de Talleyrand », du nom du ministre de Napoléon, qui verrait un « certain utopisme français » conduire l’Hexagone à financer des politiques qui ne sont pas de son ressort, face au pragmatisme britannique. « Ainsi, au nom de la Realpolitik, la détermination britannique s’impose à l’aspiration française », estime la CNCDH.

La commission critique également vivement le principe des contrôles frontaliers britanniques effectués sur le territoire français. Ceux-ci conduisent les autorités à empêcher les migrants de quitter un pays qui ne leur a pourtant pas délivré de visa. C’est, pour la CNCDH, « une atteinte disproportionnée au droit fondamental de quitter n’importe quel pays », principe énoncé dans la convention européenne des Droits de l’Homme.

Communiqué commun des gouvernements français et britannique

Dans une déclaration commune envoyée jeudi, les ministres de l’Intérieur français et britannique ont, de leur côté, affirmé leur volonté de « renforcer leur stratégie commune » concernant la situation migratoire à Calais.

Bernard Cazeneuve et Theresa May se félicitent justement de l’application « parfaite » de l’accord signé en septembre, qui prévoyait le versement des 15 millions d’euros cités par le CNCDH. C’est ça, la Realpolitik.