Procès de l'octuple infanticide: Le jour d'après le revirement de Dominique Cottrez

JUSTICE Le procès se poursuit devant les assises du Nord jusqu’à vendredi…

Olivier Aballain

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Dominique Cottrez et ses avocats à l'ouverture du procès le 25 juin 2015
Dominique Cottrez et ses avocats à l'ouverture du procès le 25 juin 2015 — P. HUGUEN

C’est un procès sinueux que celui de l’octuple infanticide de Villers-au-Tertre, qui se tient à Douai jusqu’à vendredi

Sinueux d’abord pour les jurés de la cour d’assises du Nord, confrontés depuis lundi à un énième revirement de Dominique Cottrez. L’accusée a indiqué avoir menti en invoquant une relation incestueuse sur son père, pour expliquer le meurtre de ses nouveau-nés.

Le « soulagement » de la thèse incestueuse

Sinueux, le procès l’est aussi pour le ministère public, qui rappelait lundi, avec une certaine gêne, combien la thèse de l’inceste avait en quelque sorte « soulagé » les enquêteurs, à la recherche d’une explication aux gestes terribles de Dominique Cottrez.

Le procès est sinueux, surtout, pour la défense de Dominique Cottrez, obligée de composer avec un renversement de son système, où l’accusée assumerait une vraie faille psychologique personnelle au lieu de l’imputer à son père.

Auditoire désarçonné

A la reprise du procès mardi, les collègues de l’ancienne aide-soignante ont pourtant brossé le portrait d’une femme dévouée et appréciée dans son travail.

L’auditoire est davantage désarçonné encore par la lecture de rapports d’expertise forcément datés, qui intégraient l’inceste dans le parcours psychologique de l’accusée.

Comment, dès lors, sortir de la confusion générale ? Roland Contanceau, expert psychiatre, a livré quelques clefs mardi. Il explique que les mères infanticides vivent une grossesse qui « n’est pas médicalisée, n’est pas socialisée. (…) L’enfant grossit physiologiquement mais il n’est pas investi comme un enfant à naître. Au fond il n’existe pas, même si ça peut nous choquer ».

« Juger avec compassion »

Yves Delannoy, psychologue, estime ensuite que les infanticides pourraient être une façon de ne jamais terminer les grossesses, pour être « perpétuellement enceinte ». Lundi, sa collègue Caty Lorenzo-Regreny, citait elle aussi ce « sentiment de complétude », d’être « entière » qu’aurait procuré le fait d’être enceinte.

« Il y a quelque chose qui ne va pas, il y a un trouble psychique », a rebondi Me Frank Berton, avocat de l’accusée. Selon l’article L122-1 du code pénal, ce trouble créerait une « altération du discernement » qui peut réduire sa peine d’un tiers…

Mais cette porte de sortie est refermée par les experts. « Elle n’est pas psychotique », assure Yves Delannoy. « On n’a pas besoin de l’altération du discernement pour juger Mme Cottrez avec compassion et intelligence », a rappelé Roland Contanceau.