Tourcoing: Ambiance électrique après plusieurs jours de violences

SOCIÉTÉ Reportage dans le quartier de la Bourgogne où les violences ont débuté, lundi...

Mikael Libert

— 

Le quartier de la Bourgogne, à Tourcoing, jeudi.
Le quartier de la Bourgogne, à Tourcoing, jeudi. — AFP

Haute tension. La mort d’un jeune homme, lundi, dans un accident de voiture, a mis le feu aux poudres dans le quartier sensible de la Bourgogne, à Tourcoing. Depuis, les nuits sont émaillées d’incidents lors desquels des individus affrontent les forces de l’ordre ou brûlent des voitures et des poubelles. Quatre jours après l’accident mortel, l’ambiance est toujours électrique dans le quartier, et pas seulement à cause des orages à venir.

Le calme avant… le marché

Vendredi, sur le coup de midi, le marché s’installe doucement sur la place de la Bourgogne. La plupart des commerces, situés au rez-de-chaussée des bâtiments de brique rouges qui entourent la place, sont fermés. Il y a très peu de personnes dans la rue, à peine quelques mini-groupes de jeunes assis sous les arbres pour éviter le soleil de plomb. Et pas l’ombre d’un uniforme à l’horizon. Les policiers ont déserté le quartier au petit matin. Rien ne laisse penser que les quatre dernières nuits ont été pour le moins agitées.

« Quand il n’y a pas de policiers, les jeunes restent tranquilles », déclare un homme de 68 ans en sirotant un café à la porte d’un bistrot improvisé. Il est arrivé à la Bourgogne en 1998 et depuis, « c’est toujours pareil, ils (les policiers) ne viennent jamais quand on a besoin d’eux. Quand ils débarquent, c’est pour provoquer ».

A côté de lui, un autre homme pas moins âgé fume une cigarette : « Hier après-midi (jeudi), y’a un policier, un blondinet, qui cherchait les jeunes en imitant le singe. Comment voulez-vous que ça ne pète pas ? ».

« Ils sont tous au chômage »

« C’est vrai qu’ils font des conneries les jeunes. Ils roulent n’importe comment sur la place avec leurs scooters, explique un habitant. Mais ils sont tous au chômage ou au RMI. Si en plus on les provoque. »

De l’autre côté de la place, un commerçant attend le client en mangeant un fruit. « C’est vrai que c’était le bazar hier après-midi. Les jeunes étaient sous pression parce que c’était l’enterrement du gamin », glisse-t-il. La version de la police, il n’y croit pas vraiment : « En voyant le jeune conduire comme ça, les policiers auraient dû arrêter la poursuite ».

Difficile de parler à un « jeune », même s’ils sont quelques-uns à traîner dans le coin. Les regards sont méfiants et, assez vite, ils font comprendre que les journalistes ne sont plus les bienvenus. « Vous déformez tout », « Vous êtes du côté de la police », « Vous racontez n’importe quoi », lancent-ils. « On peut comprendre leur réaction, poursuit le commerçant. A chaque fois que les médias parlent de Tourcoing ou Roubaix, c’est pour dire que c’est le western ».