Lille: Un projet de ferme industrielle autorisé au-dessus des nappes phréatiques

ENVIRONNEMENT Un collectif craint que l'agrandissement d'une ferme industrielle à Houplin-Ancoisne mette en péril les réserves d'eau potable de la métropole lilloise...

Gilles Durand

— 

L'endroit où une nouvelle étable et une cuve doivent être construites, près de la zone des champs captant.
L'endroit où une nouvelle étable et une cuve doivent être construites, près de la zone des champs captant. — Google maps

Comment une ferme industrielle a-t-elle pu obtenir un permis de construire sur une zone protégée, à Houplin-Ancoisne, au sud de Lille? Le tribunal administratif de Lille a été saisi par un collectif de riverains qui conteste la validité de ce permis. La semaine dernière, le juge a rejeté la notion d'urgence, le projet étant presque achevé, mais il doit statuer sur le fond de l'affaire dans les mois qui viennent.

240 bovins près des champs captant

Le problème: cette ferme, qui appartient au GAEC La Pouillerie, s'agrandit à cheval sur des champs captants, la principale réserve d'eau potable de la métropole lilloise. La crainte est donc de voir, un jour, cette fragile nappe phréatique polluée par les déjections des 240 bovins et des 7.000 volailles de la ferme. Le Front national a déposé une motion d'urgence à ce sujet, la semaine dernière, lors du conseil communautaire de Lille Métropole.

«On se trouve à 150m d'un point de forage. S'il y a une fuite dans les fosses de récupération, ça pourrait poser problème», souligne Jean Crespel, nouveau maire d'Houplin-Ancoisne. Ce dernier a alerté, en février, par courrier, la préfecture et Lille Métropole. Sans réponse à ce jour. «Il ne s'agit pas d'un agrandissement mais d'un regoupement d'acticivtés. Une autre ferme, que nous avons vendu, était déjà sur des champs captants, ça ne change rien, se défend Emilien Rose, un des quatre gérants du GAEC. Le traitement des déjections des bovins sera même amélioré. Si nous avons eu l'autorisation, c'est parce que le projet respecte les normes».

Un avis négatif des services de l'Etat

«Nous avons découvert, l'an dernier, avec surprise, que des travaux d'agrandissement étaient engagés pour cette ferme», raconte Dominique Stuyve, à l'origine du recours administratif. Le retraité s'est penché sur le permis de construire, délivré en novembre 2013, par le précédent maire, Bruno Foucart. La préfecture, via la direction départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) et l'Agence régionale de santé avaient émis un avis défavorable. L'ancien maire n'en a pas tenu compte.

Une autre ferme achetée par Lille Métropole

Paradoxe de la situation. En décembre 2014, une autre ferme du GAEC La Pouillerie a été achetée 550.000 euros par Lille Métropole pour en faire... un restaurant au parc Mosaïc. L'achat de cette ferme a ainsi permis au GAEC «de disposer des capacités d'investissement nécessaires au regroupement de l'ensemble de ces activités», signale la délibération de Lille Métropole. Donc de financer une partie des travaux d'agrandissement de l'autre ferme.

Contactées, Lille Métropole et la préfecture n'ont pas souhaité s'exprimer.