Bâtit à l'ombre des buildings

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Les Lillois ne le connaissent pas. Et pourtant, Nathan Starkman fait partie de leur avenir depuis six ans. A la tête de l'agence de développement et d'urbanisme de la métropole lilloise, il pense l'agglomération pour les vingt prochaines années. Son travail est un jeu à grande échelle, du type Sim City (TM) - logiciel de simulation où l'on bâtit une ville de toutes pièces -, non sans un certain côté addictif. « J'ai la réputation de beaucoup travailler, voire, ce qui est faux, de ne m'intéresser qu'à ça. Mais il faut avouer que c'est passionnant. »

Pourtant les enjeux n'ont rien d'un jeu. Futur grand stade à 350 millions d'euros - il adore le foot -, schéma de développement d'une métropole d'un million d'habitants, espace de coopération de deux millions et demi d'habitants... Nathan Starkman ne vit pas à la même échelle que les Lillois pour qui il planche. « En venant à Lille, j'ai opté pour un travail très en amont, où l'on fait des choix qui se concrétisent longtemps après. » Avant cela, il n'était pas exactement un homme de l'ombre. Directeur de l'Atelier parisien d'urbanisme (APUR), ce diplômé de Centrale Paris a présidé à l'aménagement de la coulée verte - « je préfère "promenade plantée" » - et du nouveau Bercy. Des réalisations peu discrètes qui lui ont valu, en 1999, le très convoité grand prix de l'urbanisme. En même temps qu'un joli procès d'intention : Nathan Starkman, avare de confessions politiques, passait par défaut pour l'homme de Jean Tibéri et de la chiraquienne mairie de Paris. Mais avec le temps, seule la reconnaissance des pairs lui est restée. Il en garde une espièglerie discrète, et s'étonne ingénument qu'on lui demande si son arrivée à Lille, fin 2000, a quelque chose à voir avec la polémique parisienne. L'homme sait pourtant exactement d'où il vient, mais cache - mal - sa fierté. Son ambition, il l'a héritée de sa famille, arrivée de Pologne après-guerre pour fuir l'antisémitisme. Quant à l'avenir... Sourire en coin, le grand planificateur sursaute quand on lui parle de la retraite. A lui, qui n'a que 60 ans. Une chose est sûre : il ne se plongera pas dans Sim City (TM). « Je ne suis pas bon. J'essaie tout de suite de construire des bâtiments trop ambitieux, ça ne marche pas. »

Il est perçu comme l'un des meilleurs car il combine l'expérience et la compétence, et ne prétend pas détenir la vérité. Il a une vision large de ce que doit être une grande métropole transfrontalière, sous tous ses aspects. Sans être toujours d'accord avec lui, je me suis enrichi de nos discussions. Pour le choix du site du grand stade, il a eu des difficultés à tenir son objectif de neutralité.