Paris-Roubaix 2015: Des amis pavés de bonnes intentions

CYCLISME Créée il y a 38 ans, l'association des Amis de Paris-Roubaix a réussi à sauver l'Enfer du Nord de la disparition...

Francois Launay

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Roubaix, le 8 avril 2012. 110e Ždition de la classique cycliste Paris - Roubaix 2012. Ici le belge Tom Boonen du team Omega Pharma-Quick Step, brandit le pavŽ aprs avoir remportŽ sa quatrime victoire sur cette Žpreuve.
Roubaix, le 8 avril 2012. 110e Ždition de la classique cycliste Paris - Roubaix 2012. Ici le belge Tom Boonen du team Omega Pharma-Quick Step, brandit le pavŽ aprs avoir remportŽ sa quatrime victoire sur cette Žpreuve. — M.LIBERT/20 MINUTES

C'est l'objet de toutes les convoitises. Le plus souvent, les vainqueurs de Paris-Roubaix l'installent sur leur cheminée ou dans leur salle à manger en guise de fierté. Sorte de Ballon d'Or du cycliste, le gros pavé remis chaque année au vainqueur de la course est le véritable symbole de l'Enfer du Nord. Pourtant, ce trophée n'existait pas il y a encore quarante ans. Avant, les vainqueurs de la célèbre classique se contentaient d'une coupe quelconque. Mais en 1977, changement de décor.

Créée cette année-là, l'association des Amis de Paris-Roubaix décide de redonner un peu de lustre à la course. «On voulait renforcer la symbolique de la course. C'est un pavé qui vient de l'itinéraire de Paris-Roubaix. C'est un trophée hyper apprécié par le vainqueur qu'on remet chaque année», explique Alain Bernard, président délégué de l'association. A tel point que les lauréats d'avant 1977 réclament désormais leur pavé. A titre d'exemple, Eddy Merckx, vainqueur à trois reprises de Paris-Roubaix (1968,1970,1973), a reçu il y a quelques années son gros caillou. 

Mais l'association des Amis de Paris-Roubaix et ses 220 membres (13 nationalité différentes) ne font pas que remettre des récompenses. A l'origine, ce rassemblement de passionnés a surtout permis de sauver une épreuve menacée de disparitions. Dans les années 70, les routes pavées départementales qu'empruntaient les coureurs étaient progressivement recouvertes de macadam. La sonnette d'alarme a été tirée en 1977. «Il ne restait plus qu'une dizaine de kilomètres de pavés entre Orchies et Roubaix (60 km) ce qui enlevait beaucoup de saveur à la course. C'est à ce moment-là que s'est créé l'association», explique François Doulcier, président de l'association.

Sous l'impulsion d'Albert Bouvet, directeur de la course à l'époque, des équipes de dénicheurs de pavés se mettent en place dans le Nord. Dans les forêts (avec la célèbre trouée d'Arenberg), dans les campagnes, sur les chemins de traverse,  les passionnés se démènent pour trouver de nouveaux secteurs. «On a décidé de préserver ces secteurs en évitant qu'ils soient recouverts de macadam. Et à partir des années 90, un gros travail a été fait sur l'entretien», poursuit François Doulcier. Depuis, ce patrimoine régional se refait une beauté chaque année grâce aux lycées horticoles de la région et à l'intervention des pouvoirs publics sensibilisés à cette action. 

Aujourd'hui, les coureurs empruntent 53 kilomètres de pavés. La course a retrouvé du lustre et même gagné en difficulté. «On emprunte des chemins où la qualité de pavage est nettement plus dégradée. Alors qu'aux débuts de Paris-Roubaix, on empruntait des nationales relativement bien pavées. La course est plus dure qu'avant», conclut le président d'une association fière de son bon coup.