Nord: Qui veut enterrer le cercueil en carton?

SOCIÉTÉ Contre vents et marées, une société nordiste vient d'obtenir un agrément pour commercialiser son cercueil en carton...

Mikael Libert

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ArtCoffins propose un cercueil en carton doublé de bois.
ArtCoffins propose un cercueil en carton doublé de bois. — ArtCoffins

Même dans le «business» de la mort, tous les coups sont permis. L'histoire de l'enseigne ArtCoffins, évoquée dans La Voix du Nord, est digne d'un roman politico-économique. Implantée à Villeneuve d'Ascq et gérée par trois associés nordistes, la marque vend des cercueils en carton. L'idée de se lancer sur ce créneau leur est venue en 2012. Mais, entre le projet et la concrétisation, le parcours a été fastidieux et semé d'embûches.

«On a enfin le sésame», lance Nicolas Dupont, l'un des trois associés. Et le «sésame» dont il parle, c'est l'arrêté ministériel du 30 janvier 2015 qui, en bref, autorise le carton alvéolaire comme composant à part entière des cercueils destinés à la crémation. «Nous avons mis deux ans pour concevoir un produit qui réponde à toutes les normes, explique Nicolas Dupont. On n'imaginait pas à quel point cela allait être compliqué», avoue-t-il.

Le «tout carton» impossible

«Le funéraire, c'est un milieu assez fermé où l'on n'aime ni la nouveauté, ni partager les parts du gâteau», glisse Pascal Defossé, un autre associé chez ArtCoffins. Leur idée de base, c'était de faire du «tout carton», chose rendue impossible par la réglementation actuelle. «Lors de la crémation, le cercueil doit tenir 5 minutes avant de s'effondrer, chose impossible avec le carton», déplore Pascal Defossé. Alors pour être dans les clous, Artcoffins a doublé le carton avec du bois. «Du coup nos prix sont sensiblement les mêmes que pour le tout bois», concède l'entrepreneur. Donc à défaut de jouer sur le tarif, l'entreprise mise sur le côté «écolo» du carton recyclé, même si les cercueils sont actuellement fabriqués en Chine, et qu'il faut bien les acheminer jusqu'en France.

Le «lobby du bois»

L'utilisation du carton avait déjà reçu l'aval du ministère de la Santé en 1998 et 2011, mais d'après ArtCoffins, les crématoriums «se cachaient derrière d'éventuels problèmes techniques» pour refuser les cercueils de ce type. Selon Pascal Defossé, c'est «le lobby du bois qui a fait pression sur les établissements. La norme AFNOR, que les crématoriums nous opposaient, n'était même pas obligatoire».

L'enjeu? Les 600.000 inhumations qui se pratiquent tous les ans en France. «Aujourd'hui on est à environ un tiers de crémation. Dans quelques années, on devrait atteindre 50%. Imaginez le marché que cela représente», lâche-t-on, pragmatique, chez ArtCoffins, qui vise 6.000 ventes par an.

Pas de vente aux particuliers

ArtCoffins tient à préciser que leurs produits ne sont vendus qu'aux entreprises de pompes funèbres. Le réseau de distribution en France est encore assez restreint. Plus développé dans le Sud, ArtCoffins est tout de même présent dans le Nord à travers une dizaine d'entreprises de pompes funèbres. Si les crématoriums de la métropole lilloise ne posent pas de problèmes, il n'en est pas de même partout. Notamment à Douai où l'enseigne est actuellement en «négociations».