Roubaix: Ils rapportaient 30.000 euros au réseau qui les forçait à mendier

FAITS DIVERS A Roubaix, sept ressortissants bulgares étaient forcés à mendier par des compatriotes...

Olivier Aballain

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Lille, le 1er septembre 2011. Une mendiante ROM dans une rue près de la gare.
Lille, le 1er septembre 2011. Une mendiante ROM dans une rue près de la gare. — M.LIBERT/20 MINUTES

Ils sont sept. Sept ressortissants bulgares que des gros bras forçaient, depuis plus d'un an, à mendier à Roubaix et alentours. Ces victimes ont été libérées de l'emprise d'un véritable réseau mafieux, le 24 mars, suite à l'intervention des forces de police la Sûreté départementale du Nord.

L'enquête a débuté en octobre 2014, lorsqu'un homme d'une soixantaine d'années s'est présenté à Paris, après avoir échappé au réseau basé à Roubaix. Pris en charge par un officier de liaison de l'ambassade de Bulgarie, l'homme a raconté un parcours édifiant.

La mère du chef de clan assurait l'intendance à Roubaix

A Sofia (capitale de la Bulgarie) il a été contacté par un «clan mafieux», selon les enquêteurs, qui se faisait passer pour une organisation de recrutement. On lui a fait miroiter la perspective d'un contrat de travail «bien rémunéré» dans le nord de la France. Cerise sur le gâteau: le voyage en avion, par Bruxelles, est payé par les recruteurs.

Mais une fois sur place, la réalité est toute autre, et malheureusement classique dans ce type d'affaire: l'homme est sommé de rembourser le billet d'avion en mendiant, et sa carte d'identité lui est confisquée. «Un gros bras assumait un rôle de lieutenant pour surveiller les mendiants, et la mère du chef de clan assurait l'intendance depuis Roubaix», rapporte une source proche de l'enquête. Selon les premiers éléments de l'enquête, des faits de violences régulières ont été rapportés par certaines victimes.

Jusqu'à 30.000 euros par mendiant

Les revenus dégagés par l'activité sont en tout cas impressionnants: chacune des sept victimes attirées à Roubaix rapportait 30.000 euros à ses chaperons, en comptant l'argent de la mendicité et les fraudes aux prestations sociales.

«On est dans une véritable organisation criminelle», commente les enquêteurs, appuyés par le Groupement d'intervention Régional (GIR), qui a retrouvé des preuves de transfert d'argent vers la Bulgarie.

Placée en garde à vue, la mère du chef de clan, âgée d'environ 60 ans, devrait être présentée vendredi à un juge d'instruction en vue d'une mise en examen. Depuis 2003, l'exploitation de réseaux de mendicité en bande organisée est punie de peines allant jusqu'à 10 ans de prison et 1.500.000 euros d'amende.