Le Nord-Pas-de-Calais entre en «VigilanS» suicide

SOCIÉTÉ Une plateforme pilote d'écoute et de veille sur les tentatives de suicide va être testée dans la région pendant 30 mois...

Mikael Libert

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Les «écoutantes» de VigilanS à leur poste de travail à Lille.
Les «écoutantes» de VigilanS à leur poste de travail à Lille. — M.Libert / 20 Minutes

Selon les derniers chiffres disponibles (2011), 20.000 personnes tentent de se suicider dans le Nord-Pas-de-Calais chaque année. Environ 800 y parviennent. C'est aussi la première cause de mortalité chez les 15-25 ans dans la région. A ce qui est un véritable enjeu de santé publique, l'Agence régionale de santé (ARS), le CHR de Lille et le SAMU 59 ont décidé d'opposer la «VigilanS», un dispositif de veille et d'accompagnement après une tentative de suicide (TS).

Des recherches ont montré que le fait de rester en contact avec les personnes après une TS faisait diminuer le taux de récidive. «Restait à appliquer cela dans la vraie vie», déclare le professeur Guillaume Vaiva, coordonnateur de VigilanS. Après une hospitalisation, le patient suicidaire était plus ou moins relâché dans la nature, au grand damn des médecins qui, faute d'outils, ne pouvaient assurer de véritable suivi. C'est ce manque que vient combler VigilanS.

Des «écoutantes» vigilantes

Comment ça marche? A sa sortie de l'hôpital, le patient reçoit une carte avec le numéro de téléphone VigilanS qu'il peut appeler en cas de besoin. «On a constaté que près de 10% des patients finissaient par le composer un jour», glisse Guillaume Vaiva. Les appels arrivent sur la plateforme téléphonique du SAMU de Lille où quatre «écoutantes» se chargent de répondre. Elles fonctionnent en binôme: une infirmière et une psychologue.

En plus de répondre aux appels entrants, les «écoutantes» se chargent aussi du suivi. Les personnes qui n'en sont pas à leur première tentative sont rappelées entre le 10e et le 20e jour après leur hospitalisation. S'ils ne répondent pas, le médecin référent est prévenu et le patient reçoit un courrier ou des SMS. Un nouveau contact est pris à six mois et, si tout va bien, le patient sort du système de veille.

Un mort par suicide coûte 300.000 euros

Pour ces 30 mois d'évaluation, un budget de près de 400.000 euros a été alloué, notamment par l'ARS. Néanmoins, ces moyens ne permettent pas de couvrir tout le territoire régional: «Nous avons fait des choix stratégiques, explique le Pr Vaiva, en ciblant la métropole lilloise et les zones qui comptent le plus de morts par suicide, comme Saint-Omer, Douai ou Cambrai». S'avouant lui-même cynique, le professeur avance quelques chiffres: «une tentative de suicide coûte 15.000 euros au système de santé et un mort, lui, en coûte 300.000 à la société».