Nord: Un patron qui ne veut pas croître à tout va

ENTRETIEN Emmanuel Druon, le patron de Pochéco, signe dans «Le syndrôme du poisson-lune» un manifeste contre l'obsession de la croissance...

Olivier Aballain

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Emmanuel Druon, patron de Pochéco..
Emmanuel Druon, patron de Pochéco.. — M.LIBERT/20 MINUTES

Emmanuel Druon aime expliquer que le poisson-lune est le seul animal qui croît jusqu'à sa mort. Dans son dernier ouvrage*, publié en janvier chez Actes Sud, le patron de Pochéco, fabricant d'enveloppes à Forest-sur-Marque, raconte son expérience d'entrepreneur engagé dans une économie «du XXIe siècle», ce qu'il appelle «l'écolonomie».

Comment appliquez-vous dans votre entreprise les principes de l'écolonomie?

On part d'une confiance absolue les uns dans les autres. Au lieu de les surveiller, je cherche à savoir ce que les salariés peuvent apporter. Mon rôle c'est aussi d'investir pour qu'ils travaillent dans de meilleures conditions, en faisant baisser la pénibilité. Je veux les meilleures machines, je donne ce qu'il y a de mieux, et en retour j'exige le meilleur d'eux-mêmes.

Et cela permet à votre entreprise de vivre?

Oui, car j’ai un gros avantage : je ne verse pas de dividende à des actionnaires. Nous avons une croissance raisonnée (de 95 à 110 salariés en trois ans), et ça nous suffit. Nous sommes leaders sur le marché français, il faudrait qu’on soit leader mondial ? Et après ? On va sur Mars ?

C'est un discours politique, non?

J’admire l’énergie de certains élus. Mais ce n’est pas ma place. Je veux être utile en construisant. Nous avons rénové l’un de nos bâtiments en le concevant passif en énergie. On a coupé le gaz, c’est 40 000 € de facture en moins, et un risque industriel moins élevé.

Mais le monde qui vous entoure ne marche pas toujours comme ça...

Je ne dis pas que c’est facile. C’est quand le lion est blessé qu’il est le plus dangereux. D'ailleurs j'ai aussi écrit mon livre comme exutoire après l'échec du rachat de la papeterie de Dorcelles (dans les Vosges, où Pochéco s'est frotté au géant finlandais UPM).

Mais je ne crois pas dans la destruction créatrice du capitalisme, parce qu’il n’y a plus rien à détruire. Je ne suis pas décroissant, je suis réaliste. Je ne veux plus qu’on cherche le fric à tout prix. Et j’ai l’impression que le message commence à passer: j'ai au moins 4 bus par semaine de visiteurs dans notre site de Forest-sur-Marque. Des étudiants, des entrepreneurs, des retraités, des enfants...

*Le Syndrome du Poisson Lune, Actes Sud, 208 p. , 19,80