Attaque à «Charlie Hebdo»: Cabu vu par le dessinateur nordiste Jean-Michel Delambre

PORTRAIT Le caricaturiste qui officie au «Canard enchaîné» esquisse le portrait de Cabu, son grand ami, assassiné mercredi dans les locaux de «Charlie Hebdo»...

Gilles Durand

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Le dessinateur nordiste Jean-Michel Delambre rend hommage à Charlie Hebdo.
Le dessinateur nordiste Jean-Michel Delambre rend hommage à Charlie Hebdo. — J-M. Delambre

Ils avaient passé une partie de la soirée ensemble, mardi. Jean-Michel Delambre, dessinateur au Canard Enchaîné, était forcément bouleversé, mercredi soir, par la mort de son collègue et ami Cabu. «Tout le mode est désemparé par le drame qui a eu lieu au sein des locaux de Charlie Hebdo», raconte Jean-Michel Delambre.

«Il n'était que gentillesse»

Le Nordiste travaillait depuis plus de vingt ans avec Cabu dans l'autre hebdomadaire satirique. Ils avaient participé ensemble à de nombreux salons du livre. Ils étaient amis. «Cabu étaient amis avec beaucoup de monde, c'était un gars tellement sympa. Je ne l'ai jamais entendu dire du mal d'un confrère. Il n'était que gentillesse. Ce n'est pas juste», soupire Jean-Michel Delambre.

Charlie Hebdo avait été au cœur de leur discussion, mardi soir. Mais pas pour des raisons de sécurité. «Il ne m’a pas parlé de menaces particulières. Nous avons évoqué la souscription qu’avait réussie Charlie Hebdo pour recueillir des fonds. Les dons des lecteurs leur permettaient de tenir un an.» L'avenir de l'hebdomadaire préoccupait les deux hommes.

«Que tout le monde s'abonne à Charlie

Car, Jean-Michel Delambre a toujours regretté le manque de soutien aux journalistes de Charlie. «Au moment de l'affaire des caricatures de Mahomet, ils se sont restrouvés seuls en ligne de mire, l'ensemble de la presse n'a pas fait preuve d'un courage exemplaire et peu les ont soutenus dans leur combat contre les musulmans intégristes.» Son rêve aujourd'hui: «Que tout le monde s'abonne à Charlie

«Un dessinateur exceptionnel, sans ego»

Au Canard enchaîné où Cabu collaborait, «c'est la consternation», glisse Jean-Michel Delambre. Humainement, bien sûr, mais aussi professionnellement. «Cabu était un dessinateur exceptionnel. Il était capable, juste avant le bouclage, de faire des gueules de gens qu'il n'avait jamais vu. Il pouvait réaliser vingt dessins pendant que les autres en font deux ou trois. Et sans ego. Quand on lui disait que son dessin n'était pas bon, il le recommençait sans problème.»

Le Nordiste n'en a pas pour autant perdu son sens de l'humour, ultime hommage à rendre à son ami. «J'ai envie de faire un dessin où je me représenterais en dessinateur raté qui dirait: «heureusement qu'ils ne m'ont pas embauché à Charlie Hebdo...»