Lille: Comment un historien amateur a retracé le parcours d'un officier de la Gestapo

HISTOIRE Un historien lillois raconte dans un documentaire, diffusé sur France 3, lundi soir, comment il a réuni les descendants d'un officier de la Gestapo, d'un résistant et d'un collabo...

Propos recueillis par Gilles Durand

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Grégory Célerse recherche depuis huit ans les méthodes de travail de la gestapo pendant l'Occupation.
Grégory Célerse recherche depuis huit ans les méthodes de travail de la gestapo pendant l'Occupation. — G.Durand/ 20 Minutes

Quand trois descendants d'un résistant, d'un collabo et d'un officier de la Gestapo se retrouvent face à face. France 3 diffuse, ce lundi soir, à minuit, le documentaire, Les Fantômes de l'Histoire - la Gestapo de Lille, tourné sur place, au printemps. Il raconte comment le travail d'un historien amateur lillois, Grégory Célerse, a permis de réunir suffisamment d'éléments pour reconstituer l'histoire d'un officier allemand à travers ces méthodes de travail. Rencontre avec un passionné, salarié de l'office de tourisme de Lille.

Qu'est qui est à l'origine de la réunion de ces trois personnes qui l'Histoire oppose?

Cela fait huit ans que je mène des recherches sur les méthodes de la Gestapo pendant l'Occupation. Un jour, à la bibliothèque de Lille, une personne m'aborde pour me raconter une anecdote concernant un policier allemand nommé Kurt Kohl. Il avait joué avec lui au 421 dans un bistrot et s'était laissé battre. J'ai eu envie de creuser l'histoire de cet officier qui semblait très actif dans la traque des résistants. On le retrouve dans de nombreux rapports d'arrestation.

Pourquoi cet intérêt pour l'activité de la Gestapo?

Parce qu'aucune recherche historique ne s'est vraiment penchée sur ce service de police et sa façon de travailler. Beaucoup de légende urbaine tourne sur le sujet. On attribue, par exemple, à la Gestapo toutes les arrestations alors qu'il n'agissait que d'un service au sein de la police politique baptisée Sipo SD. A travers ce Kurt Kohl, je pouvais étudier concrètement les méthodes d'arrestation, d'interrogatoire ou d'infiltration des réseaux résistants.

Comment avez-vous retrouvé les descendants?

La petite fille de Kurt Kohl m'a contacté indirectement via une annonce que j'avais passé sur un site spécialisé dans la recherche de témoins historiques. Elle vit désormais aux Etats-Unis et voulait comprendre qui était réellement son grand-père. J'étais déjà en contact avec le petit-fils d'un résistant traqué par ce Kurt Kohl et la petite-fille d'un collaborateur lillois qui avait travaillé pour Kurt Kohl. L'idée de les réunir me paraissait intéressante.

Vous continuez à travailler sur le sujet?

J'essaie de retracer l'histoire d'environ 9.500 personnes arrêtées pendant l’Occupation dans le Nord. Certains pour faits de résistance, d'autres pour marché noir. Je m'intéresse aussi aux 7.000 personnes passées en cours de justice après la guerre pour acte de collaboration. Leur témoignage permet aussi de retracer la façon de faire des Allemands. Je suis seul et ça prend beaucoup de temps mais ça permet de mieux comprendre le phénomène de collaboration qui n'est pas aussi simple qu'il en a l'air.