Losc: Pour le psychiatre Olivier Brochart, «René Girard est juste un mec normal»

FOOTBALL Le médecin parle à «20 Minutes» du caractère particulier de l'entraîneur lillois...

Francois Launay

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L'entraîneur lillois René Girard  (AP Photo/Michael Sohn)/SOB119/401995552970/1410022122
L'entraîneur lillois René Girard (AP Photo/Michael Sohn)/SOB119/401995552970/1410022122 — Michael Sohn/AP/SIPA

Parano, colérique, rancunier, depuis que les résultats du Losc sont en chute libre, le caractère de René Girard interroge. Grand amateur de foot et contrôleur anti-dopage pour l'UEFA, le psychiatre Olivier Brochart connaît bien le milieu du ballon rond. Il nous donne son avis sur le caractère souvent déroutant de l'entraîneur lillois. 

Comment définir le caractère de René Girard? 

Que les choses soient bien claires: René Girard n'a aucune pathologie. C'est juste une personnalité chaude qui bouillonne actuellement en raison des résultats négatifs du club. Il a toujours été bouillant mais avec la pression des résultats, tout est réuni pour que ça explose. Mais il n'y a rien d'anormal. La seule question qu'on peut se poser, c'est de savoir à quel moment ça va déteindre sur son groupe. Si la mauvaise passe continue, il pourrait perdre son vestiaire. Avant, c'est lui qui prenait les coups. Mais dimanche après le derby, il a commencé à pointer du doigt ses joueurs en parlant de «faute professionnelle».

Est-il paranoïaque? 

Je n'y crois pas. Cette attitude est commune à tous les gens sous pression. Il ne faut pas oublier que par sa fonction, René Girard est l'un des dirigeants les plus importants du LOSC. Quand vous êtes tout en haut du classement, vous pouvez aussi être parano. Regardez Marcelo Bielsa à Marseille. Si deux personnes parlent entre elles à la Commanderie [le centre d'entraînement de l'OM], il va commencer à interpréter le pourquoi. Et quand vous êtes en bas, comme c'est le cas avec Lille, il y a des éléments comme ça qui se mettent en place. Mais ce n'est pas du délire paranoïaque. Tout entraîneur à sa place passerait par là. Il a juste un comportement adapté à la situation. 

Vous avez déjà croisé René Girard à l'occasion de contrôles anti-dopage. Comment l'aviez-vous trouvé? 

Il fait partie des rares entraîneurs à être venu me serrer la main. La plupart du temps, les coachs n'ont en rien à faire de venir saluer un médecin de l'UEFA. Seuls trois l'ont fait: Alex Ferguson, Didier Deschamps et René Girard. C'est un mec bon et profondément humain. Il y a plus d'humanité qui ressort chez lui que chez Laurent Blanc par exemple.

Pourquoi ses sorties médiatiques sont autant pointées du doigt alors? 

Parce que c'est un méridional. S'il était à Bastia, je pense que ça passerait plus facilement. Rappelez-vous des sorties d'Antonetti, on ne disait pas qu'il était parano. D'autres se posaient aussi des questions totalement décalées par rapport à la situation comme Jean-Claude Suaudeau [ancien entraîneur de Nantes], qui avait parfois des réactions totalement disproportionnées.

René Girard est quelqu'un de plus rationnel? 

Bien sûr. Il ne faut vraiment pas s'inquiéter pour lui. Et puis, c'est un gars, un peu comme Daniel Leclercq, qui a été très proche du peuple. Entre sa carrière de joueur et d'entraîneur, il a tenu un bar-tabac et se levait à six heures du matin. Peu l'ont fait dans ce métier. René Girard est juste un mec normal. Ça fait sa force mais aussi sa faiblesse. C'est quelqu'un qui ne triche pas et du coup, ça fait s'interroger les médias.