Nord: Les grévistes de 1948 enfin réhabilités

SOCIAL Dix-sept familles d'anciens mineurs avaient lancé une action en justice, il y a sept ans, pour faire reconnaître les droits de ceux qui avaient été licenciés...

Gilles Durand
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Du haut de ses 90 ans, l'ancien gréviste de 1948, Norbert Gilmez est décidé à mener le combat jusqu'au bout.
Du haut de ses 90 ans, l'ancien gréviste de 1948, Norbert Gilmez est décidé à mener le combat jusqu'au bout. — M.Libert / 20 Minutes

Il leur aura fallu attendre 66 ans pour être réhabilités. La ministre de la Justice, Christiane Taubira, proposera un amendement au projet de loi de finances pour 2015, reconnaissant les droits des mineurs grévistes de 1948 et 1952, a-t-on appris la semaine dernière. Ces mineurs avaient été victimes de licenciements abusifs après des mouvements de contestation très violents. Ils étaient environ 3.000 à perdre leur emploi à l'époque. Ils n'en restent plus qu'une poignée en vie aujourd'hui.

Une vie gâchée

En 2007, dix-sept familles, dont certaines du Nord-Pas-de-Calais, avaient entamé une action en justice pour faire reconnaître leurs droits. «Nous avons subi une répression terrible qui a gâché toute notre vie et nous a empêchés de retrouver du travail», raconte Norbert Gilmez, un ancien gréviste, devenu porte-parole du mouvement. A plus de 90 ans, le syndicaliste de Bully-les-Mines attendait cette décision ministérielle depuis longtemps. En 2011, un arrêt de la cour de Versailles avait octroyé 30.000 euros d'indemnités aux plaignants. Mais le ministère des Finances de l'époque et les Charbonnages de France avaient renvoyé l'affaire en cassation. Laquelle cour de cassation avait annulé la décision de la cour de Versailles, estimant que les faits étaient prescrits.

Dans les manuels scolaires

«Je considère que la République se doit de réparer enfin les injustices commises et de donner satisfaction aux travailleurs qui ont conduit un combat politique de plus de soixante ans, souligne la garde des Sceaux, dans un communiqué. Je tiens à une réhabilitation complète, qui reconnaisse à la fois le préjudice matériel et moral enduré et qui apaise les blessures.» Le montant des allocations réparatrices doit encore être établi. Au-delà de la réparation matériel et symbolique, Christiane Taubira entend que les programmes scolaires accordent désormais aux grèves de mineurs de 1948 et 1952 la place qu'elles méritent, souligne aussi le communique du ministère de la Justice.