Lens-PSG: Pour le député nordiste Guy Delcourt, l'affaire de la banderole anti-chtis «a fait changer les choses»

FOOTBALL Six ans après l'affaire de la banderole anti-ch'tis, Lens et le PSG se retrouvent vendredi au stade de France et Guy Delcourt, député du Pas-de-Calais et maire de Lens au moment des faits, revient sur cette célèbre affaire...

Francois Launay

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Le président du RCL, Gervais Martel (G) et l'ancien maire de Lens Guy Delcourt.
Le président du RCL, Gervais Martel (G) et l'ancien maire de Lens Guy Delcourt. — M.Libert/20 Minutes

«Pédophiles, chômeurs, consanguins: Bienvenue chez les Ch'tis». Stade de France, le 29 mars 2008. A l'occasion de la finale de la coupe de la Ligue entre Lens et le PSG (1-2), des supporters parisiens déploient une banderole «anti-ch'tis» dans les tribunes du Stade de France. Plaintes, intervention du président Nicolas Sarkozy, arrestations: l'affaire prend dans la foulée des proportions démesurées avant de solder en 2011 par la condamnation de cinq supporters du PSG (amendes allant de 300 à 600 euros et interdictions de stade). Six ans après, alors que Lens et le PSG se retrouvent vendredi au stade de France pour un match de Ligue 1, Guy Delcourt, député PS du Pas-de-Calais et maire de Lens au moment de l'affaire, se souvient. 

Quels souvenirs gardez-vous de ce 29 mars 2008? 

J'étais dans la tribune à côté de Nicolas Sarkozy, président de la République à l'époque. On a vu la banderole se déployer avec une certaine facilité. J'ai pris ça comme une véritable insulte. Les mots employés étaient très forts. C'était insupportable de lire de tels propos. C'est la raison pour laquelle j'ai mis autant d'intérêt à défendre l'image de la population du Nord Pas-de-Calais (il avait porté plainte). J'estime qu'il y a des limites à tout. Ça ne suffit pas dire que ce sont des imbéciles. Faire le dos rond ne fait pas évoluer les choses. Même si mon entêtement n'avait pas été bien compris à l'époque. 

Pourquoi? 

On a trouvé que j'en faisais trop. J'ai aussi fait l'objet de menaces sur Internet via les forums de certains groupes de supporters ultras de Paris. Mais j'ai aussi eu des messages d'encouragement. Le fait que les médias s'emparent de cette affaire a beaucoup aidé. Je pense d'ailleurs que ça a dérangé certains présidents de clubs. D'ailleurs, on s'est un peu retrouvé seul avec Gervais Martel , président du RC Lens, à l'époque. 

Vous aviez d'ailleurs été reçus à l'Elysée avec Gervais Martel. N'était-ce pas un peu démesuré? 

Le président de la République (Nicolas Sarkozy), à qui je n'avais rien demandé, a voulu montrer qu'il était sur tous les fronts. Et ça faisait partie de sa personnalité. Même si je pense qu'être reçu à l'Elysée n’était pas obligatoire. Après, je pense que cette histoire de la banderole a permis aux pouvoirs publics et aux clubs de foot de réviser certaines postures. 

Justement, en quoi cette affaire a-t-elle permis de changer les choses? 

Les groupes de supporters se sont remis en cause, les clubs de foot et la ligue aussi. Tout le monde s'est mis autour de la table. C'était une époque où le PSG connaissait une crise d'identité au niveau d'un certain groupe de supporters ultra avec des fascistes et des subversifs qui n'avaient rien à voir avec le peuple du foot. Il y avait eu plusieurs histoires comme un TGV saccagé, des violences à Marseille et aussi des morts à la sortie de matchs au Parc des Princes. On était arrivé à un sommet de violence. Depuis, les choses ont beaucoup changé et le comportement général des supporters du PSG n'a plus rien à voir. Un certain public a été éliminé des stades. Aujourd'hui, il y a une certaine pacification même si on assiste encore à certaines scènes de violence. 

Au final, cette affaire de la banderole a conduit à la condamnation de cinq personnes. Estimez-vous que c'était suffisant? 

Ça devait aller bien plus loin. Ce sont surtout des lampistes qui se sont fait choper et qui ont payé pour les autres. Il y avait des complicités partout car on ne fait pas entrer une banderole de cette importance sans aide. Maintenant, c'est de l'histoire ancienne et l'affaire est classée.