Lille: l'Institut Pasteur combine trois prix Nobel dans l'infiniment petit

SCIENCES Avec sa plateforme de bio-imaging, l'institut Pasteur utilise depuis trois ans les technologies de pointe récompensées par un Nobel de chimie cette année...

Olivier Aballain

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Au centre de bio-imaging de l'Institut Pasteur de Lille
Au centre de bio-imaging de l'Institut Pasteur de Lille — O. Aballain

Pas besoin d'un microscope pour faire le lien entre le prix Nobel de Chimie et l'Institut Pasteur de Lille. Avec son centre de «Bio-Imaging», la plateforme nordiste est tout simplement la seule au monde à combiner en un même lieu les trois technologies de microscope récompensées par un prix Nobel. Les deux plus récentes, la microscopie moléculaire (PALM) et la microscopie de déplétion à émission stimulée (STED) ont valu à leurs inventeurs le Nobel 2014. Curieux de savoir comment on s'en sert? Le docteur Frank Lafont, directeur scientifique du centre de Bio-imaging, nous a ouvert les portes de l'infiniment petit.

On voit le déplacement des bactéries

«Dorénavant avec ces technologies on peut littéralement voir les cellules en train de fonctionner». Frank Lafont appelle ça la «super-résolution». Avec le microscope Palm, couplé à un microscope à force atomique (prix Nobel 1986), ses équipes captent de 5.000 à 20.000 images d'une même cellule. Éclairés par un faisceau lumineux plus précis, les détails plus faciles à distinguer. Et en les combinant, «on arrive à suivre précisément le devenir de chaque protéine».

Points lumineux marquant le déplacement d'une bactérie. - O. A.

Conséquence: le déplacement d'une bactérie à l'intérieur d'une cellule infectée est visualisé pas à pas. C'est comme cela que les chercheurs lillois ont été associés en 2014 à la découverte des recepteurs qui permettent aux méningocoques (responsables de la méningite) de traverser la membrane cellulaire. Cette première mondiale en appelle d'autres.

Le collaborateur du Nobel vient à Lille «régulièrement»

Frank Lafont travaille aussi à la mise au point de son dernier joujou, le microscope STED. Ici on éclaire la matière d'un faisceau précis entouré d'un halo qui annule les interférences. Sa mise en place est scrutée de près par l'inventeur nobélisé, Stephan Hell. «L'un de ses plus proches collaborateurs vient ici régulièrement», assure le chercheur français. Cette petite merveille, dont le prix avoisine les 500.000 euros, permet aussi de repousser les frontières du biologiste. Les détails visibles passent de 200 à 20 nanomètres (vingt millionièmes de millimètre!). «Cela permettra de mieux comprendre les mécanismes de la neurodégénérescence», explique Frank Lafont. Et c'est à Lille que ça se passe.

Une chaire d'excellence pour la matière grise

Le Dr Patrick Lafont est arrivé à Lille en provenance de Suisse fin 2005, attiré par l'une des premières «chaires d'excellences» mises en place pour faire revenir en France des chercheurs de pointe exerçant à l'étranger. Le projet qu'il a coordonné dans le cadre des investissements d'avenir a décroché en 2010 l'un des deux seuls «Equipex» de la région, ce qui lui a permis d'acquérir les deux microscopes PALM et STED dont l'invention a été primée au Nobel.