Lille: un pôle culturel menacé par... la hausse de l'immobilier

CULTURE La Malterie, lieu de résidence d'artistes situé à Lille-Sud, pourrait disparaitre après que le propriétaire a décidé de vendre le bâtiment...

Mikaël Libert

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Le bâtiment où se trouve la Malterie à Lille.
Le bâtiment où se trouve la Malterie à Lille. — La Malterie

L'association La Malterie, qui gère l'un des principaux lieux d'animation et de création culturelle de Lille, redoute la mise en vente des locaux par son propriétaire privé. Le prix fixé est supérieur de 50% à l'estimation des Domaines, alors que l'asso, elle, ne paie qu'un faible loyer.

Situation inextricable

L'équation semble insoluble. D'un côté, l'actuel propriétaire du bâtiment de 2.300m2, situé au 42, rue Kuhlmann à Lille, désire vendre son bien. De l'autre, l'association La Malterie n'a pas les moyens de racheter. Le gérant de la société civile immobilière (SCI) qui possède les lieux réclame plus de deux millions d'euros. En 2008, une estimation des Domaines avait conclu à une valeur de 1,5 million d'euros. «Que ce soit deux ou 1,5 millions, ce n'est de toute façon pas possible pour nous», se désole Aurélien Delbecq, porte-parole de La Malterie. La santé financière de l'association, subventionnée à hauteur de 65% de son budget par les collectivités, n'est pas au mieux: «En 2013, nous avons enregistré un déficit de 30.000 euros, avoue le porte-parole. Contacter les banques dans cette situation est compliqué.»

«Loyer imbattable»

Pour la Malterie, les conditions d'occupation des lieux sont pourtant avantageuses. En effet, l'association verse un loyer de 800 euros mensuels, auxquels viennent s'ajouter environ 1.200 euros de charges. «Pour 2.300m2, ça leur coûte moins de 5 euros le m2 par an! Le prix est imbattable, estime un agent immobilier lillois qui préfère rester anonyme. Pour comparer, des bureaux Boulevard Vauban se louent à 100 euros le m2/an.» Mais l'agent immobilier, qui connaît l'endroit, relativise: «Sur une grande partie de la surface, la hauteur des plafonds est de 1,9m. C'est légalement impossible d'en faire des bureaux sans engager de gros travaux.» Selon Aurélien Delbecq, le prix de la location est un faux débat: «Nous sommes prêts à payer un peu plus mais il faudra toujours trouver un acheteur qui veuille nous garder dans les murs.»

La mairie de Lille, qui octroie 70.000€ de subventions à La Malterie, assure suivre le dossier de près: «Ils explorent des pistes pour nous sauver, déclare Aurélien Delbecq, mais on nous a fait comprendre que la municipalité n'avait pas les moyens d'acheter le bâtiment». Les administrateurs de l'association cherchent aussi de leur côté. «Un déménagement avait été évoqué, note Aurélien Delbecq, mais ça ne serait pas rentable après tous les travaux qui ont été faits ici.» Alors pourquoi ne pas se tourner vers un généreux mécène? «Ce serait une option, si nous avions le réseau pour contacter de telles personnes», glisse le porte-parole.

«Nous sommes en désaccord avec le propriétaire sur la fin légale du bail, explique-t-on à La Malterie, mais l'échéance est à moins d'un an.» Du coup, l'inquiétude monte chez la centaine d'artistes en résidence: «Si aucune solution n'est trouvée, il faudra dissoudre l'association et mettre à la porte tout le monde, y compris les cinq salariés permanents», conclut Aurélien Delbecq.