Pas-de-Calais: Une soixantaine de soldats de la Grande Guerre repérés dans un champ

INFO 20 MINUTES Dans le petit village de Bullecourt, près d'Arras, un historien australien a repéré l'emplacement de tombes de fortune datant de 1917...

Gilles Durand

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A Bullecourt, le 23 septembre 2014 - L'historien australien Carl Johnson a la recherche de corps de soldats britanniques dans la pature de Didier Guerle, agriculteur a Bullecourt.
A Bullecourt, le 23 septembre 2014 - L'historien australien Carl Johnson a la recherche de corps de soldats britanniques dans la pature de Didier Guerle, agriculteur a Bullecourt. — Gilles Durand / 20 Minutes

«Il y en a au moins soixante.» Carl Johnson est catégorique. A l'aide d'un détecteur de métaux spécialement paramétré, cet historien australien a déjà repéré les endroits où pourraient être enterrés une soixantaine de cadavres de soldats britanniques de la Première Guerre mondiale.

Une découverte qui confirme la rumeur qui a toujours été colportée dans le petit village de Bullecourt (Pas-de-Calais), près d'Arras. L'histoire rappelle cruellement celle de Fromelles où, en 2008, des fouilles avaient permis de retrouver des fosses communes abritant les dépouilles d'environ 200 Australiens.

Refus de cultiver cette terre

«Mon grand-père savait qu'il y avait des corps dans cette pâture, raconte Didier Guerle, agriculteur et propriétaire des terres. Il a toujours refusé qu'on la cultive car pour lui, c'était un cimetière». En 2009, neuf corps avaient déjà été exhumés de ce terrain où paissent quelques moutons. Deux avaient pu être identifiés grâce à leurs effets personnels: celui du lieutenant Pritchard et celui du soldat Elphick, de l'Honourable Artillery Company, le plus ancien régiment de l'armée britannique. «On connaît le nom des 38 militaires qui ont été enterrés avec le lieutenant Prichard dans des tombes de fortune lors de l'assaut des tranchées allemandes et de la contre-attaque du 15 mai 1917, explique Carl Johnson. Ils sont certainement encore sous cette terre, avec d'autres, à moins de deux mètres de profondeur». En 1917, les tranchées anglaises et allemandes n'étaient séparées que d'une cinquantaine de mètres.

Environ 300 soldats encore enfouis

Aujourd'hui, 21 piquets plantés dans le sol indiquent les endroits où les corps des soldats anglais auraient été inhumés, certainement dans la précipitation. «Les boutons des uniformes et la boucle du ceinturon trahissent la présence des corps», assure Carl Johnson. Un autre bénévole nordiste et historien amateur, Florian Duchatelle, lui donne un coup de main dans ce travail de localisation. «Il se pourrait que, du côté allemand, à l'autre bout de la pâture, on trouve aussi des corps, car il y avait un poste médical dans cette partie de tranchée», explique-t-il.

Tous deux doivent encore poursuivre leurs recherches pendant une dizaine de jours, notamment sur un autre champ de bataille à Bullecourt. «Nous allons chercher, avec l'aide d'un historien amateur local, deux endroits où seraient encore enfouis plus de 300 soldats australiens», précise Carl Johnson.

Restera ensuite à convaincre les gouvernements australiens et britanniques «d'offrir à ces soldats une sépulture décente». Une opération coûteuse. Et Didier Guerle de déplorer: «Et une journée de guerre, en Irak ou en Afghanistan, ça ne coûte pas cher? Ces gars, qui sont venus se faire tuer pour nous, méritent bien ça.»

La preuve par les fleurs

Cette découverte, on la doit surtout à un autre Australien, Lambis Englezos. Ce professeur à la retraite avait déjà dû remuer ciel et terre, pendant six ans, auprès des autorités, pour engager des fouilles à Fromelles. Environ 200 soldats australiens avaient ainsi été retrouvés et la plupart identifiés grâce à l'ADN. «Des tombes de fortune, comme celles découvertes à Fromelles, la région en compte encore dans ses entrailles», explique-t-il. C'est lui qui a contacté Carl Johnson pour l'aider dans ses recherches sur la bataille de Bullecourt. En début d'année, une découverte l'avait conforté. «Il avait vu de petites fleurs violettes dans ma pâture, les mêmes qui se trouvaient à Fromelles, raconte l'agriculteur de Bullecourt, Didier Guerle. Il était persuadé que ces fleurs poussaient là où se trouvait un cadavre».

A Bullecourt, le 23 septembre 2014 - Une fleur violette dans une pâture a Bullecourt, dans le Pas-de-Calais, semble témoigner de la présence de corps enterrés dans le sol. - Gilles Durand / 20 Minutes