La série «P'tit Quinquin» peint un drôle de visage du Nord

TELEVISION Tournés dans le Boulonnais, les quatre épisodes du feuilleton tragicomique du réalisateur Bruno Dumont sont diffusés les jeudi 18 et 25 septembre sur Arte...

Gilles Durand

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Le commandant de gendarmerie et la bande de copains de P'tit Quinquin dans la série éponyme de Bruno Dumont.
Le commandant de gendarmerie et la bande de copains de P'tit Quinquin dans la série éponyme de Bruno Dumont. — Arte

Voilà le genre de fiction qui ne laisse pas indifférent! Les quatre épisodes de 52 minutes de P'tit Quinquin, diffusés en prime time les jeudis 18 et 25 septembre sur la chaîne Arte, risquent de faire causer dans les chaumières du Nord, jusqu'en Navarre.

Le scénario est simple. Un tandem de gendarmes est saisi d'une enquête sur des crimes particulièrement sordides: des morceaux humains sont retrouvés dans le corps de vaches, elles-mêmes retrouvées mortes dans des endroits improbables. Les recherches des deux pandores les mènent dans une ferme où vit Quinquin, un gamin espiègle et curieux.

Mais rien à voir avec un policier classique. A croire que l'air marin du Boulonnais tape sur le système de ses habitants. Chaque personnage rivalise dans le grotesque et les situations loufoques et farfelues s'enchaînent.

«Une parodie des Experts»

«C'est une pantalonnade, une comédie burlesque qui secoue le genre policier, explique le cinéaste nordiste Bruno Dumont. On n'a pas l'habitude de voir ce genre de personnages dans ces rôles-là. c'est une parodie des Experts en quelque sorte». Avec de vrais gueules de cinéma et des «sans dents» pour jouer les premiers rôles.

Comme d'habitude, le réalisateur de L'Humanité, primé au festival de Cannes en 1999, a choisi, comme interprètes, des gens du pays qui ne sont pas des comédiens habituels: un jardinier par exemple, pour jouer le commandant de police. «Mais dès le deuxième jour de tournage, ils sont devenus comédiens. Tout est très joué. Ils ne sont pas en roue libre», souligne Bruno Dumont. Le résultat est déroutant et s'imprègne vite d'une certaine poésie, pour peu d'y adhérer.

«Les gens du Nord ne sont pas comme ça»

Sans jamais tomber dans la moquerie, la série joue sur un humour qui rappelle parfois l'univers de Jacques Tati dans la précision minutieuse du cadrage. Mais cette enquête totalement barrée fera, sans nul doute, grincer quelques dents sur l'image de la région. «On va encore avoir des banderoles à Paris. Tous les personnages ressemblent à des débiles profonds», déplorait une spectatrice lors de l'avant-première, projetée, mardi soir à Tourcoing, faisant référence à la banderole insultante déployée par les supporteurs parisiens lors d'un match de football face à Lens. «Le film n'est pas une vérité sur une situation sociologique, c'est une illusion totale, note Bruno Dumont. Les gens du Nord ne sont pas comme ça».