Ahmed Farghab: «Travailler avec tous les imams au-delà des différentes tendances»

INTERVIEW Ahmed Farghab, président des imams du Nord – Pas de Calais

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Ahmed Farghab,

Président des imams du Nord – Pas de Calais.

Quelle est l’utilité d’une formation continue pour les imams ?

Les imams, étrangers pour la plupart, ne pensaient pas s’installer un jour en France. Ils ont besoin d'une école pour mieux comprendre la société française, pour réussir à parler avec les jeunes, comprendre le droit français et notamment que la mosquée doit se cantonner à un rôle religieux.

Des tentatives de formation continue ont essayé de s'installer sans gros succès, pourquoi ?

Les différents courants des musulmans de France n'étaient pas toujours d'accord avec le programme et les choses proposées dans cette formation. Aujourd'hui, il faut travailler avec tous les imams au-delà des différentes tendances. Ceux-ci ressentent, eux mêmes, un grand besoin d'être formés à la langue française, au droit... De plus, lors des tentatives précédentes, c'est l'association régissant la mosquée qui devait prendre en charge les coûts de la formation et les coûts annexes comme le transport... Hors les associations manquent de moyens. Avec Avicenne, la formation sera gratuite et des accords pourront être trouvés même afin d'alléger le coût du transport...

Comment mobiliser les imams ?

Je propose, au conseil des imams à Paris, le 4 avril prochain, un projet consistant à écrire aux imams de la région afin de les réunir pour les sensibiliser à l’utilité de cette formation.

Y a-t-il assez de mosquées dans la région ?

Non, il n'y a pas assez de mosquées pour accueillir correctement les pratiquants musulmans. A Maubeuge, nous avons deux grandes mosquées de 1000 places mais nous avons 2500 à 3500 pratiquants. La prière doit se faire quelquefois dehors... D’autres cas existent, comme à Avesnes-sur-Helpe. Ce problème est causé par le manque de moyens financiers de la communauté musulmane mais surtout parce qu’il est très difficile d’obtenir toute les autorisations nécessaires pour l’établissement d'une mosquée. 
 
Est-ce que cela favorise la création de mosquées clandestines ?

Par forcément, il est vrai que les demandes de locaux ou de salles de prière faite à la mairie sont souvent prêter par les responsables locaux pour la bonne pratique de notre culte. Cependant, dans de nombreuses villes de la région, les demandes ne sont pas traitées, voire ne sont pas prises en compte et par conséquent les musulmans font avec les moyens qu’ils ont, toujours en espérant que leur situation sera provisoire. 

Quels sont les inconvénients de ce type de mosquées ?

Les inconvénients sont nombreux, tout d’abord se posent les problèmes de sécurité et d’aménagements. En effet, les infrastructures manquent, la pratique du culte devient difficile et les fidèles n’ont pas d’endroit pour pratiquer leurs ablutions. Ces lieux ne sont pas adaptés pour nos jeunes enfants et leur apprentissage. Il manque des fenêtres car la majorité de ces lieux dits « salles de prière » sont situés dans des caves. De plus, le manque de place est indéniable. Malheureusement, les pouvoirs publics ne nous entendent que très rarement, lorsque nous leur expliquons les choses.