A Douai, du cannabis dans les miradors de la prison

JUSTICE Trois surveillants de la maison d'arrêts étaient jugés ce mardi pour avoir trafiqué de la drogue dans le cadre de leurs fonctions...

Olivier Aballain, avec Vincent Vantighem

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La maison d'arrêt de Douai.
La maison d'arrêt de Douai. — M.Libert/20 Minutes

Si on les écoute, le cannabis règnait en maître dans les miradors de la maison d’arrêt de Douai. Deux anciens surveillants de l’établissement étaient jugés mardi après-midi par le tribunal correctionnel de Douai.

Ils ont reconnu avoir détourné pour leur propre compte des «projections» de drogue par-dessus les murs d’enceinte. Une troisième gardienne est poursuivie quant à elle pour avoir fourni du cannabis à l’un d’eux… qui venait récupérer la came «en uniforme».

Cannabis, viande, téléphone: les colis «tombaient» à 15h30

Le procureur Éric Vaillant se dit «choqué». Mais c'est surtout le tableau édifiant de la sécurité en prison qui frappe. Le phénomène des «projections» de «colis» contenant cannabis, viande, cigarettes voire téléphone est devenu une plaie dans les établissements pénitentiaires, à Douai comme aux Baumettes.

Au lieu de les remettre à la Justice pour destruction, Jérôme Doby et Patrice Hu y ont fait leur marché... D'ailleurs, lorsque les projections étaient rares («en général, ça tombait à 15h30»), Jérôme Doby avait une autre tactique imparable: il fouillait des cellules et volait la drogue débusquée.

«C’est toléré en cellule, donc ça doit être toléré au travail…»

Car le cannabis leur servait de béquille thérapeutique à l'époque (les faits durent de 2010 à 2013). Lourds problèmes de santé, mal-être… Patrice Hu est malade d’une dégénérescence osseuse. Jérôme Doby a subi l'évasion d'Antonio Ferrara de Fresnes en 2003. L’un fumait douze joints par jour, l’autre trois. Ce dernier pense alors: «C’est toléré en cellule, donc ça doit être toléré au travail.»

Et voilà comment les deux compères se retrouvaient à fumer des joints dans les miradors. «Seulement en service de nuit, quand on ne voit personne», certifie l’un d’eux. «Dites moi que c’est courant à Douai, allez-y je suis assis», insiste le Procureur. La salle frémit: le prévenu confirme en bredouillant. «Voilà, s'écrie Éric Vaillant. Il y a des miracles, il n'y a pas eu d’évasion. Mais que ce serait-il passé si vous aviez dû tirer?»

Il requiert 18 mois de prison avec sursis pour les deux surveillants consommateurs, 6 mois pour la gardienne soupçonnée de fournir les jours creux. Il a été intégralement suivi, le tribunal ayant prononcé également à sa demande une interdiction définitive d'exercer dans la penitentiaire. 

Les «projections»: ce phénomène que l'administration tente d'endiguer

L'envoi de «colis» par-dessus les murs d'enceinte prend de l'ampleur depuis quelques années dans les prisons de centre-ville. À Douai, il devient courant à partir de 2009. D'après Hélène Erlingen-Creste, auteure de L'abîme Carcéral, (Ed.Max Milo) «certains détenus passent commande à leurs proches (...) Des fois, on aperçoit des kebabs dégoulinants qui tombent sur le filet situé au-dessus de la cour de promenade. A l'aide d'une perche bricolée, le détenu destinataire peut faire un trou dans le filet pour récupérer le colis». Ces envois sont l'une des raisons pour lesquelles les syndicats s'opposaient en 2012 à la disparition des miradors à la prison de Douai. L'installation du système de vidéo-surveillance qui doit les remplacer est en train de se terminer. «Espérons que ceux qui regarderont les écrans ne fumeront pas du cannabis», a commenté le procureur de Douai à l'audience de mardi.

>>Retrouvez ici l'interview complète d'Hélène Erlingen-Creste, auteure de L'Abîme Carcéral