«Baisse les yeux, sinon je te bute»

Procès La deuxième journée d'audience du gang de braqueurs présumés, mardi, aux Assises du Nord, a mis en avant le braquage de de la bijouterie Delatour, à Dainville...  

20 Minutes avec AFP

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Entrée des Assises du Nord à Douai, le 1er septembre 2014
Entrée des Assises du Nord à Douai, le 1er septembre 2014 — O. Aballain

«Si je levais les yeux, il me disait "me regarde pas, baisse les yeux sinon je te bute"», a raconté, mardi devant la cour d'assises du Nord, à Douai, la vendeuse d'une bijouterie. Le procès de sept personnes, accusés d'une dizaine de vols à main armée, dont six dans des bijouteries, en 2009 et 2010, s'était ouvert lundi. Le dossier de l'un deux a été disjoint, mardi, en raison de l'indisponibilité de son avocat hospitalisé.

«On aurait dit un papy»

Le 24 avril 2009, peu avant midi, un premier homme était entré dans la grande surface de bijouterie Jean Delatour, située dans la zone commerciale de Dainville, près d'Arras. «Il a demandé à voir la patronne», raconte la vendeuse du magasin. «On aurait dit un papy, avec une casquette, des lunettes et une veste à carreaux». «Il m'a pris le bras, il m'a dit "bouge pas, c'est un braquage" et j'ai fait ce qu'il m'a dit, j'ai baissé le rideau métallique et ouvert les présentoirs», poursuit la vendeuse. Deux complices arrivent quelques secondes plus tard et filent directement dans le bureau de la gérante du magasin. Ils lui demandent d'ouvrir le coffre.

«Si je levais les yeux, il me disait "me regarde pas, baisse les yeux sinon je te bute"», raconte une autre employée de 32 ans, des sanglots dans la voix: «J'étais enceinte de sept mois, j'avais peur alors je suis restée accroupie». Les malfaiteurs leur attachent les mains avec du ruban adhésif et les enferment dans les toilettes en bloquant la porte avec une chaise. Les deux femmes réussissent à défaire leurs liens et à attraper le sac à main et le téléphone de l'une d'elles par la porte entrouverte pour donner l'alerte.

Les accusés nient les faits

«Vous avez eu peur?», demande la présidente, Anne-Marie Gallen, à la gérante de la bijouterie. «Encore maintenant», répond celle-ci. «Vous y pensez régulièrement?» continue la magistrate. «Tous les jours, tout le temps», dit-elle. Les trois hommes avaient pris la fuite à bord d'une voiture volée, retrouvée incendiée un peu plus loin. Ils avaient été arrêtés avec le reste de l'équipe en mai 2010 grâce notamment à l'exploitation d'images de vidéo-surveillance et des expertises génétiques.

«C'est un peu le mode de vie comme ça»

La cour a également examiné la personnalité des accusés qui nient les faits en bloc. Trois d'entre eux sont poursuivis en récidive légale pour vols aggravés. «C'est un peu le mode de vie comme ça», a affirmé l'un deux, Jean-Marie Martin, le principal suspect, âgé de 42 ans, et une quinzaine de condamnations pour vols à son actif, qui lui ont valu «au total 8, 10 ans en prison». Il est accusé d'être le premier à être entré dans la bijouterie de Dainville.

«Il y en a qui chouravent des poules, du cuivre, des fois c'est une télé pour les enfants ou une palette, il y a ceux qui font les wassingues (serpillères, NDLR), mais jamais les braquages», a assuré l'accusé. Il est le plus jeune d'une famille nomade de huit enfants, qui vivait de façon itinérante dans le nord et le nord-est de la France, en faisant les vendanges et en vendant des paniers. Une cinquantaine de témoins doivent être entendus au cours du procès prévu sur quinze journées, jusqu'au 19 septembre.