20 Minutes : Actualités et infos en direct
PolémiqueL’armée accusée d’être mauvaise payeuse

L’armée accusée d’être mauvaise payeuse

PolémiqueUn magasin d’instruments de musique lillois accuse le ministère de la Défense d’être responsable de ses ennuis financiers…
Lille, le 19 aout 2014 - Les deux responsables du magasin lillois Cuivres et Bois, Frederic Langlet (a gauche) et Pierre Vicogne (a droite), se plaignent des paiments en retard du ministere de la Defense.
Lille, le 19 aout 2014 - Les deux responsables du magasin lillois Cuivres et Bois, Frederic Langlet (a gauche) et Pierre Vicogne (a droite), se plaignent des paiments en retard du ministere de la Defense. - Gilles Durand / 20 Minutes
Gilles Durand

Gilles Durand

Les fausses notes se multiplient. Les deux gérants du magasin d’instruments de musique lillois Cuivres et Bois ont décidé, jeudi dernier, d’accuser publiquement le ministère de la Défense d’être à l’origine de leurs déboires financiers. L’entreprise venait d’être convoquée devant le tribunal de commerce pour factures impayées par son créancier Natixis Factor, lequel lui réclame environ 91.000€, avec une saisie conservatoire de tous les comptes bancaires.

«Ces 91.000€ représentent les factures impayées de l’armée pour des commandes d’instruments», dénonce Frédéric Langlet. Cette semaine, 138.000€ ont enfin été versés, dont 8.000 pour commencer à rembourser Natixis. Cela permettra-t-il d’éviter le tribunal de commerce?

Contentieux sur 50.000 euros

Dans leur petit magasin du Vieux-Lille, Frédéric Langlet et Pierre Vicogne désespèrent. Ils croyaient décrocher le Graal, en mars 2010, en remportant un marché public d’un an, puis de trois ans (jusqu’à juin 2015) avec le ministère de la Défense, pour fournir les orchestres de l’armée en instruments à vents. Les retards de paiement et certains litiges mettent aujourd’hui leur entreprise en péril. Car les problèmes ne sont pas nouveaux. Un contentieux, portant sur environ 50.000€ et datant d’un premier marché en 2011-2012, n’a toujours pas été réglé, selon les gérants.

«Les chefs de musique ne font pas leur travail correctement. On ne peut pas déclarer en litige un instrument reçu, qui disparaît un mois après de la caserne, ou un instrument reçu et déballé trois semaines après pour vérification. Comment se retourner contre notre fournisseur?», déplore Frédéric Langlet. Et d’accuser, notamment, la musique de l’armée de l’Air: «On sait que du matériel a été envoyé en juin et qu’il n’a toujours pas été déballé». De son côté, l’armée comptabilise «78.000€ de litige concernant sept factures, correspondant à des matériels non conformes ou non livrés».

Retards aussi à Marseille

A Marseille, le magasin Scotto Musique, avec qui la boutique lilloise partage le marché public, confirme les retards de paiement, «consubstantiels à l’administration», selon son propriétaire Alex Scotto. «On sait que par exemple, le mois d’août ne compte pas pour l’armée, ce qui n’est pas le cas pour mon banquier», plaisante-t-il. Néanmoins, l’entreprise marseillaise semble avoir les reins plus solides. «Nous n’avons pas de litige en cours sur les livraisons et ce marché ne représente qu’environ 5% de notre chiffre d’affaires. Je crois que c’est beaucoup plus pour nos concurrents lillois», avance Alex Scotto comme explication.

Contacté, le ministère de la Défense confirme que sur les 30 commandes livrées représentant un montant de 830.000€ depuis quatre ans, seuls 567.000€ ont déjà été versés, «dont 239.000 en 2014», insiste-t-il.

Délais de paiement

Selon la députée UMP de Moselle, Anne Grommerch, près de 3.600 PME sous contrat avec l'armée auraient constaté des retards de paiement. Le ministère de la Défense souligne, pour sa part, travailler «avec 29.000 PME, pour lesquelles les formalités administratives ont été simplifiées et les délais de paiement raccourcis chaque année. Par exemple, le délai moyen de paiement était de 30 jours en 2013, il est passé à 26 jours au premier semestre 2014». Mais, ni pour les trompettes, ni pour les clarinettes, visiblement.

Sujets liés